jeudi 28 mai 2009
Daniel Odier - L'abandon au souffle profond...
www.danielodier.com
La sexualité du tantrika, c’est le rapport de toute la sensorialité avec le monde. C’est le frémissement qui naît lorsque le désir se satisfait de sa propre incandescence en ayant abandonné toute idée d’atteindre un être ou un objet. Il y a alors complétude. Un être qui a besoin de l’autre pour masquer son incomplétude, ou pour la nourrir, ne connaît que des «rapports sexuels», une tentative illusoire d’achèvement qui tient du cannibalisme mutuel et porte en lui de la violence, du désespoir et une certaine forme de désillusion.
Pour celui qui est sur la voie tantrique, l’union sexuelle peut être une manière de jeu merveilleux qui commence à être vécu, par instants de grâce, comme une expérience directe, sans que la pensée différenciatrice s’impose. C’est un jeu passionné sur un terrain accidenté où l’aspirant touche aux limites de son abandon, au surgissement de la pensée, au blocage de la spontanéité, au manque de confiance qu’il peut avoir quant à la sagesse de son propre corps.
Lorsque cela peut être vécu de cette manière, c’est une ascèse, car on s’aperçoit très vite de nos limitations, de nos projections, de notre solitude que nous cherchons à masquer au lieu de la vivre. Aller au fond de sa solitude, c’est voir qu’elle est une construction mentale et la faire éclore dans l’expérience non-duelle.
Ces jeux nous aident à frôler l’essence des choses et, lorsque la paix profonde de la yogini accomplie touche la paix profonde du yogin, se révèle la puissance de la Shakti qu’on appelle Kundalini. À cet instant, il n’y a pas de dualité, pas de début, pas de fin, pas de «rapport», mais un frémissement qui, comme l’amour, ne saurait naître, atteindre son acmé puis disparaître.
Lorsqu’il y a sexualité, il n’y a plus d’espace-temps. Il ne s’agit pas de transcender le désir mais, au contraire, de le porter à une telle incandescence qu’il inclut «l’autre» dans son propre frémissement.
La sexualité est, dans l’égalité avec toute autre manifestation de la sensorialité, un lieu de Conscience. La sexualité, dans le sens où nous l’entendons habituellement, est intégrée au tout. Pratiquement, il y a un abandon au souffle profond. Alors, l’orgasme n’a plus besoin de la détente de l’éjaculation, car le tantrika a intégré l’énergie féminine. L’idéal tantrique est celui de l’intégration de la dualité homme-femme dans la plénitude.
Il est capital de bien comprendre qu’on ne dévoile pas la Conscience à coups d’exercices énergétiques, d’agitation, de gesticulations, de danses pseudo-chamaniques et autres friandises du «faire», mais par la lente et douce émergence de l’amour sans objet, qui attend paisiblement que nous cessions de poursuivre l’inatteignable.
Le tantrikâ considère qu’entrer dans la voie, c’est accepter son corps, sa sensorialité, ses émotions et ses pensées comme le lieu même de l’éveil. Mais il considère également que ce noyau de conscience incandescent est sous-jacent à toute manifestation de l’univers. Tout n’est que conscience, pour lui. Sa pratique est donc de laisser affleurer la conscience dans tous les mouvements de la vie, afin que la conscience intérieure et la conscience extérieure s’unifient dans leur réalité commune, et que cesse la perception fallacieuse de la dualité.
Cette non-séparation du tantrikâ et de l’univers me paraît merveilleusement adaptée à tous ceux qui sont insatisfaits par les dogmes, les croyances et l’assujettissement à une autorité religieuse. Pourtant, c’est une voie difficile, car elle passe par l’abandon de tous les points d’ancrage et nous, les Occidentaux, en avons beaucoup. Ce n’est surtout pas une voie de facilité, et nous aimons la facilité ; nous aimons tout ce qui nous détourne de notre solitude. C’est une voie théoriquement simple mais pratiquement ardue, parce que non fantasmatique, sans aucune échappatoire, sans possibilité de fuite dans le merveilleux, le rituel, la magie, les vies antérieures, les autres mondes, la métaphysique.
Le tantrika peut passer de l’absence à la présence progressive, donc à la sensibilité toujours plus profonde de ce qui est là, spatial, étincelant, entrecoupé de moments d’absence qui sont considérés comme des préludes au rejaillissement de la Conscience. La culpabilité graduellement s’éteint et la spontanéité s’accroît. Lorsqu’il y a ouverture, nous pouvons accepter notre trouble ou notre absence.
L’émerveillement devant la réalité croît de jour en jour, les contacts sensoriels sont de plus en plus fins, si bien que tout fait entrer en frémissement. Les émotions ne sont plus antagonistes à la voie mais, libérées, elles deviennent au contraire son véhicule. La libre circulation des choses est de moins en moins bloquée par le mental, et la joie jaillit spontanément. L’action est plus immédiate, plus limpide. Il y a plus de lenteur, de grâce, de non-réactivité. La conscience des blocages est rapide, et l’auto-libération des phénomènes plus habituelle.
Dans la relation amoureuse, ou dans la relation à «l’autre», cet «autre» disparaît en nous comme nous disparaissons en lui, dans le même mouvement. Il n’y a donc plus de projections. Reste l’amour, non de quelque chose ou de quelqu’un, mais l’amour tout court. Disons, plus simplement, qu’il y a une reconnaissance presque constante d’être en vie.
L’initiation du tantrika est celle du frémissement de tous les sens, qui retournent ainsi à leur demeure qu’est la Conscience. Pour le tantrika, il n’y a pas de différence entre un rapport sexuel génital et le rapport sensoriel que nous entretenons avec la réalité qui l’entoure. Pour lui, l’activité ne mène pas à la Conscience : elle en procède, et y retourne, après s’être unie à l’objet. Rien ne vient de l’extérieur. La Conscience coule telle une source vers le monde, le touche profondément, en son noyau incandescent et frémissant, et revient à la Conscience dans une circulation continue.
En aucun cas ce n’est un rituel initiatique dans le sens d’un acte magique qui permettrait de goûter à un état de plénitude qui nous ferait défaut. Pour prétendre à l’initiation, il faut avoir réalisé que le désir ne saurait se satisfaire d’un objet, et que l’incandescence est ce qui demeure quand le désir de quelque chose est consumé.
Daniel Odier - Article de Nouvelles Clefs
Pour celui qui est sur la voie tantrique, l’union sexuelle peut être une manière de jeu merveilleux qui commence à être vécu, par instants de grâce, comme une expérience directe, sans que la pensée différenciatrice s’impose. C’est un jeu passionné sur un terrain accidenté où l’aspirant touche aux limites de son abandon, au surgissement de la pensée, au blocage de la spontanéité, au manque de confiance qu’il peut avoir quant à la sagesse de son propre corps.
Lorsque cela peut être vécu de cette manière, c’est une ascèse, car on s’aperçoit très vite de nos limitations, de nos projections, de notre solitude que nous cherchons à masquer au lieu de la vivre. Aller au fond de sa solitude, c’est voir qu’elle est une construction mentale et la faire éclore dans l’expérience non-duelle.
Ces jeux nous aident à frôler l’essence des choses et, lorsque la paix profonde de la yogini accomplie touche la paix profonde du yogin, se révèle la puissance de la Shakti qu’on appelle Kundalini. À cet instant, il n’y a pas de dualité, pas de début, pas de fin, pas de «rapport», mais un frémissement qui, comme l’amour, ne saurait naître, atteindre son acmé puis disparaître.
Lorsqu’il y a sexualité, il n’y a plus d’espace-temps. Il ne s’agit pas de transcender le désir mais, au contraire, de le porter à une telle incandescence qu’il inclut «l’autre» dans son propre frémissement.
La sexualité est, dans l’égalité avec toute autre manifestation de la sensorialité, un lieu de Conscience. La sexualité, dans le sens où nous l’entendons habituellement, est intégrée au tout. Pratiquement, il y a un abandon au souffle profond. Alors, l’orgasme n’a plus besoin de la détente de l’éjaculation, car le tantrika a intégré l’énergie féminine. L’idéal tantrique est celui de l’intégration de la dualité homme-femme dans la plénitude.
Il est capital de bien comprendre qu’on ne dévoile pas la Conscience à coups d’exercices énergétiques, d’agitation, de gesticulations, de danses pseudo-chamaniques et autres friandises du «faire», mais par la lente et douce émergence de l’amour sans objet, qui attend paisiblement que nous cessions de poursuivre l’inatteignable.
Le tantrikâ considère qu’entrer dans la voie, c’est accepter son corps, sa sensorialité, ses émotions et ses pensées comme le lieu même de l’éveil. Mais il considère également que ce noyau de conscience incandescent est sous-jacent à toute manifestation de l’univers. Tout n’est que conscience, pour lui. Sa pratique est donc de laisser affleurer la conscience dans tous les mouvements de la vie, afin que la conscience intérieure et la conscience extérieure s’unifient dans leur réalité commune, et que cesse la perception fallacieuse de la dualité.
Cette non-séparation du tantrikâ et de l’univers me paraît merveilleusement adaptée à tous ceux qui sont insatisfaits par les dogmes, les croyances et l’assujettissement à une autorité religieuse. Pourtant, c’est une voie difficile, car elle passe par l’abandon de tous les points d’ancrage et nous, les Occidentaux, en avons beaucoup. Ce n’est surtout pas une voie de facilité, et nous aimons la facilité ; nous aimons tout ce qui nous détourne de notre solitude. C’est une voie théoriquement simple mais pratiquement ardue, parce que non fantasmatique, sans aucune échappatoire, sans possibilité de fuite dans le merveilleux, le rituel, la magie, les vies antérieures, les autres mondes, la métaphysique.
Le tantrika peut passer de l’absence à la présence progressive, donc à la sensibilité toujours plus profonde de ce qui est là, spatial, étincelant, entrecoupé de moments d’absence qui sont considérés comme des préludes au rejaillissement de la Conscience. La culpabilité graduellement s’éteint et la spontanéité s’accroît. Lorsqu’il y a ouverture, nous pouvons accepter notre trouble ou notre absence.
L’émerveillement devant la réalité croît de jour en jour, les contacts sensoriels sont de plus en plus fins, si bien que tout fait entrer en frémissement. Les émotions ne sont plus antagonistes à la voie mais, libérées, elles deviennent au contraire son véhicule. La libre circulation des choses est de moins en moins bloquée par le mental, et la joie jaillit spontanément. L’action est plus immédiate, plus limpide. Il y a plus de lenteur, de grâce, de non-réactivité. La conscience des blocages est rapide, et l’auto-libération des phénomènes plus habituelle.
Dans la relation amoureuse, ou dans la relation à «l’autre», cet «autre» disparaît en nous comme nous disparaissons en lui, dans le même mouvement. Il n’y a donc plus de projections. Reste l’amour, non de quelque chose ou de quelqu’un, mais l’amour tout court. Disons, plus simplement, qu’il y a une reconnaissance presque constante d’être en vie.
L’initiation du tantrika est celle du frémissement de tous les sens, qui retournent ainsi à leur demeure qu’est la Conscience. Pour le tantrika, il n’y a pas de différence entre un rapport sexuel génital et le rapport sensoriel que nous entretenons avec la réalité qui l’entoure. Pour lui, l’activité ne mène pas à la Conscience : elle en procède, et y retourne, après s’être unie à l’objet. Rien ne vient de l’extérieur. La Conscience coule telle une source vers le monde, le touche profondément, en son noyau incandescent et frémissant, et revient à la Conscience dans une circulation continue.
En aucun cas ce n’est un rituel initiatique dans le sens d’un acte magique qui permettrait de goûter à un état de plénitude qui nous ferait défaut. Pour prétendre à l’initiation, il faut avoir réalisé que le désir ne saurait se satisfaire d’un objet, et que l’incandescence est ce qui demeure quand le désir de quelque chose est consumé.
Daniel Odier - Article de Nouvelles Clefs
lundi 25 mai 2009
Pontalis - En toute confiance, la traversée se fait ...
J. B. Pontalis est philosophe, psychanalyste et écrivain.
... Mais que l'analyse (cure psychanalytique) commence et très vite, plus d'histoire lisible, plus de destin déchiffrable. Plus de clé des songes ni de quoi que ce soit. Plus de savoir qui tienne, plus de théorie qui vaille.
Que nous reste-t-il alors ? Une certaine confiance. Confiance en quoi ? en ceci : la traversée, si longue, si éprouvante, si périlleuse qu'elle puisse être, se fera. Traversée des apparences, passage des frontières, traversée du temps, traversée des lieux, des images, des événements du jour et de ces événements de la nuit que sont les rêves, déplacement des souvenirs et des figures imaginaires (en existe-t-il d'autres?), traversée surtout des transferts (deux mots qu'on pourrait tenir pour synonymes).
Traversée pour aller vers quoi, aucune destination n'étant fixée, aucune «représentation-but» assignée et l'incertain trajet se décidant au fur et à mesure ? Si l'inconnu était moins derrière nous - l'insaisissable origine - que devant ? ce que nous ne connaissons pas encore, pour ne pas l'avoir éprouvé, pour ne pas l'avoir trouvé. Si ce que nous attendions secrètement d'une analyse, ce n'était pas qu'elle puisse nous faire naître - fantasme d'auto-engendrement - ou renaître - illusion d’un new beginning - mais qu'elle nous rende capables de nous inventer?
Ne parlons pas de voyage ou d'aventure, trop romanesques... Non, nous pressentons seulement, analyste et patient, qu'une traversée commence, la nôtre, sans trop savoir ce que l'embarcation transporte dans sa cale - trésors et explosifs -, sans disposer d'une table à cartes pour nous assurer que la route suivie est la meilleure, sans garantie que nous arriverons à bon port. Peut-on parler de «direction de la cure» quand on ne sait pas ce qui la dirige?
Jean Bertrand Pontalis - Ce temps qui passe - Editions Folio
... Mais que l'analyse (cure psychanalytique) commence et très vite, plus d'histoire lisible, plus de destin déchiffrable. Plus de clé des songes ni de quoi que ce soit. Plus de savoir qui tienne, plus de théorie qui vaille.
Que nous reste-t-il alors ? Une certaine confiance. Confiance en quoi ? en ceci : la traversée, si longue, si éprouvante, si périlleuse qu'elle puisse être, se fera. Traversée des apparences, passage des frontières, traversée du temps, traversée des lieux, des images, des événements du jour et de ces événements de la nuit que sont les rêves, déplacement des souvenirs et des figures imaginaires (en existe-t-il d'autres?), traversée surtout des transferts (deux mots qu'on pourrait tenir pour synonymes).
Traversée pour aller vers quoi, aucune destination n'étant fixée, aucune «représentation-but» assignée et l'incertain trajet se décidant au fur et à mesure ? Si l'inconnu était moins derrière nous - l'insaisissable origine - que devant ? ce que nous ne connaissons pas encore, pour ne pas l'avoir éprouvé, pour ne pas l'avoir trouvé. Si ce que nous attendions secrètement d'une analyse, ce n'était pas qu'elle puisse nous faire naître - fantasme d'auto-engendrement - ou renaître - illusion d’un new beginning - mais qu'elle nous rende capables de nous inventer?
Ne parlons pas de voyage ou d'aventure, trop romanesques... Non, nous pressentons seulement, analyste et patient, qu'une traversée commence, la nôtre, sans trop savoir ce que l'embarcation transporte dans sa cale - trésors et explosifs -, sans disposer d'une table à cartes pour nous assurer que la route suivie est la meilleure, sans garantie que nous arriverons à bon port. Peut-on parler de «direction de la cure» quand on ne sait pas ce qui la dirige?
Jean Bertrand Pontalis - Ce temps qui passe - Editions Folio
mercredi 20 mai 2009
Robert Misrahi - La joie d'amour
Robert Misrahi est philosophe, grand spécialiste de Spinoza. Il a publié de nombreux ouvrages et consacré l'essentiel de son travail à la question du bonheur. Il soutient que le bonheur est "la joie en acte" et qu'il n'y a pas de bonheur sans expérience poétique, ce sentiment poétique des choses.
D'où provient le caractère somptueux de cette joie d'être et d'exister que seul peut conférer l'amour ? C'est que la joie, ici, est induite par une reconnaissance réciproque impliquant des dimensions aussi riches que neuves.
Dans cet amour, la reconnaissance n'est l'affirmation d'aucune suprématie, ni l'allégeance de personne à quiconque. Cette reconnaissance différente comporte deux significations, ou deux noyaux de sens qui concourent à la création de la joie en chacune des consciences concernées.
Dans cette forme intense et réfléchie de l'amour, chacun reconnaît d'abord en l'autre un être semblable à lui-même : l'autre est affirmé semblable à moi dans la mesure où il est comme moi un sujet et dans la mesure où il se situe dans l'existence selon les mêmes perspectives et les mêmes choix fondamentaux que moi-même. J'aime l'autre parce qu'il est un sujet existant semblable à moi-même. Non pas que j'aime en lui mon image, comme dans la passion narcissique, mais j'aime en lui le sujet qu'il est par lui-même en se construisant, comme moi, dans l'existence.
La reconnaissance réciproque opère la même affirmation dans les deux sens, et il se crée ainsi un accord et une communauté active entre les deux consciences. La joie substantielle, ici, provient de la consistance et de la justification que l'autre me confère en m'affirmant comme valeur, et cette joie se redouble par le fait que cet autre qui me pose est le même que moi-même : il est une conscience, comme moi-même, et il opère des choix comparables à mes choix. Mais la richesse de l'amour heureux et réciproque est telle que la reconnaissance d'une similitude des existences s'accompagne sans contradiction de l'affirmation et de la reconnaissance de l'autre comme autre : il est affirmé par moi comme sujet autonome et indépendant. L’être aimé est ainsi reconnu, désiré et admiré dans sa spécificité, dans sa singularité individuelle. Il est, en outre, posé comme être libre qui opère librement, et à sa façon, les mêmes choix que moi-même, confirmant mes choix par les siens et accroissant ma liberté et ma joie par sa joie et par sa liberté. La reconnaissance de la similitude et de l'autonomie de chacun s'accompagne donc d'une seconde forme de la reconnaissance : chacun, dans l'amour généreux et réfléchi affirme la spécificité de l'autre et s'en réjouit.
L'amour est aussi cette admiration généreuse de la personnalité de l'autre qui nous réjouit par sa spécificité même. Sa «différence» est aussi l'objet de notre amour, non pas seulement parce qu'elle est précieuse en elle-même (par ses choix, son style, sa manière d'être), mais aussi parce que cette altérité différente de notre être se tourne néanmoins vers lui pour le reconnaître et l'affirmer.
Chacun devient ainsi plus explicitement l'objet d'une affirmation aimante et valorisante, à la fois dans sa similitude et dans sa différence spécifique. Chacun affirme l'autre dans son identité autre et dans sa similitude existentielle. De là provient cette densité personnelle, cette exaltation vécue comme plénitude et comme signification achevée, ce sentiment dynamique et intense que nous appelons la joie substantielle, et qui est ici la joie d'amour.
De cette joie substantielle le corps n'est pas exclu : ni dans la béatitude, ni dans l'amour existentiel et réfléchi que nous décrivons, on ne saurait concevoir une joie qui ne serait pas l'affirmation simultanée du corps et de l'esprit par la conscience. Mais, dans l'amour, cette conscience de soi est souvent conscience poétique. Sans pouvoir analyser ici les différences et les similitudes entre le langage poétique de l'amour et celui de la mystique, remarquons simplement que le langage amoureux, ou plus exactement la parole amoureuse, est la transmutation poétique du corps des amants et leur insertion dans la totalité cosmique de la nature. Cette poésie, exaltation des corps et des personnes, est la forme extrême de l'expression, et la parole adopte volontiers cette forme d'expression amoureuse parce qu'elle se propose de dire et de transmettre la forme extrême de la joie.
Robert Misrahi - Le bonheur. Essai sur la joie - Editions Hatier
mercredi 13 mai 2009
Gérard Mantel - La vérité commune du patient et du thérapeute
jmmantel.net
L'idée même d'être un thérapeute crée une séparation entre le thérapeute et son patient. Cette séparation est de la même nature que la maladie qui est sensée être traitée.
Les besoins du thérapeute, qu'ils soient matériels, affectifs, psychologiques ou spirituels, interfèrent avec la manière dont il soigne. Le maintien d'une dépendance entre le thérapeute et son patient en est le résultat.
Le désir de transformer la personnalité est l'expression d'une non-acceptation. Cette non-acceptation est le reflet d'une souffrance. Accepter la personnalité telle qu'elle est n'est pas l'encourager. Accepter la personnalité, c'est s'en détacher. Le détachement est la compréhension que "je" est la conscience qui perçoit la personnalité. La personnalité étant de toutes façons conditionnée, quel intérêt y a-t-il à vouloir la transformer ?
Le violent est violent car il est identifié et attaché à son corps et à sa personnalité. Son système de croyances est son monde. Lâcher cette identité est une forme de mort. Tant que la maturité n'est pas suffisante pour accueillir cette mort comme une délivrance, tous les efforts pour changer la personnalité restent vains.
Le jaloux est jaloux, car il fuit le sentiment de solitude qui le tenaille. En acceptant la solitude comme partie prenante de lui-même, une détente s'installe, et la compréhension s'éclaire.
Le déprimé est prisonnier de ses attentes. Lorsqu'une attente est déçue, il y a dépression. Le désir de guérir la dépression est encore une attente. Voir cela est ne plus fuir. Sans fuite, les choses sont accueillies telles qu'elles sont. Elles perdent alors leur caractère problématique.
Le délirant est convaincu de la véracité de ce qu'il pense. Nous le sommes aussi, tant que nous sommes identifiés au concept "je". Cette identification est la racine du délire qui nous fait prendre pour réel ce qui ne l'est pas. Peut-on soigner le délirant si nous sommes nous-mêmes prisonniers des illusions créées par notre esprit ?
La peur est le fruit de l'anticipation. Sans futur, que reste-t-il à projeter. La lumière n'a pas besoin de projection pour être ce qu'elle est. Être est sans image.
L'obsession reflète une saisie. Le moi se fixe sur un objet, et refuse de lâcher sa proie. Une proie n'est abandonnée que pour une autre proie encore plus séduisante. De proie en proie, c'est la conscience ultime vers lequel le regard finit par se tourner. C'est en elle que la quête s'éteint.
Une seule et même vérité habitent le thérapeute et son patient. C'est cette vérité qui se cherche, et c'est en elle que tous deux se trouvent et se retrouvent.
Retranscription d'un extrait de conférence de Gérard Mantel : "Libération de la souffrance, voie de la non-dualité"
Le désir de transformer la personnalité est l'expression d'une non-acceptation. Cette non-acceptation est le reflet d'une souffrance. Accepter la personnalité telle qu'elle est n'est pas l'encourager. Accepter la personnalité, c'est s'en détacher. Le détachement est la compréhension que "je" est la conscience qui perçoit la personnalité. La personnalité étant de toutes façons conditionnée, quel intérêt y a-t-il à vouloir la transformer ?
Le violent est violent car il est identifié et attaché à son corps et à sa personnalité. Son système de croyances est son monde. Lâcher cette identité est une forme de mort. Tant que la maturité n'est pas suffisante pour accueillir cette mort comme une délivrance, tous les efforts pour changer la personnalité restent vains.
Le jaloux est jaloux, car il fuit le sentiment de solitude qui le tenaille. En acceptant la solitude comme partie prenante de lui-même, une détente s'installe, et la compréhension s'éclaire.
Le déprimé est prisonnier de ses attentes. Lorsqu'une attente est déçue, il y a dépression. Le désir de guérir la dépression est encore une attente. Voir cela est ne plus fuir. Sans fuite, les choses sont accueillies telles qu'elles sont. Elles perdent alors leur caractère problématique.
Le délirant est convaincu de la véracité de ce qu'il pense. Nous le sommes aussi, tant que nous sommes identifiés au concept "je". Cette identification est la racine du délire qui nous fait prendre pour réel ce qui ne l'est pas. Peut-on soigner le délirant si nous sommes nous-mêmes prisonniers des illusions créées par notre esprit ?
La peur est le fruit de l'anticipation. Sans futur, que reste-t-il à projeter. La lumière n'a pas besoin de projection pour être ce qu'elle est. Être est sans image.
L'obsession reflète une saisie. Le moi se fixe sur un objet, et refuse de lâcher sa proie. Une proie n'est abandonnée que pour une autre proie encore plus séduisante. De proie en proie, c'est la conscience ultime vers lequel le regard finit par se tourner. C'est en elle que la quête s'éteint.
Une seule et même vérité habitent le thérapeute et son patient. C'est cette vérité qui se cherche, et c'est en elle que tous deux se trouvent et se retrouvent.
Retranscription d'un extrait de conférence de Gérard Mantel : "Libération de la souffrance, voie de la non-dualité"
dimanche 3 mai 2009
Yvan Amar - L’évidence de l’être
Cela s’est passé en trois jours, pendant lesquels j’ai senti progressivement quelque chose que je n’avais jamais senti depuis ma naissance.
J’ai senti la vie. Je suis allé vers ce qui était là et j’ai senti que la vie entrait en moi. Ce sont des expressions toutes simples qui viennent à ce moment-là, mais elles sont absolues. J’ai senti que cette vie m’aimait, comme j’étais, tel que j’étais. C’était comme si elle m’attendait.
J’ai alors compris pourquoi les grands mystiques parlent de la Mère divine : parce que ce sentiment d’amour de la vie envers nous, on l’éprouve dans l’amour absolue d’une mère ; on est dans les bras de la Mère divine. Aucune vision, aucune hallucination, c’était quelque chose de très simple, de concret et d’immédiat, qui me prenait à l’intérieur et que je reconnaissais.
Je sentais que cette vie m’aimait. Au fur et à mesure que c’était ressenti, éprouvé, montait en moi une confiance impérieuse. Autant je me sentais auparavant en conflit, séparé, avec une peur constante, autant j’éprouvais alors une confiance absolue dans ce qui était, dans la vie. Ce qui m’est apparu immédiatement, c’est que cette confiance était ma nature : à la fois cette confiance et son objet.
Cela n’a fait que grandir pendant ces trois jours, jusqu’au moment où s’imposa une confiance absolue dans tout ce qui était sans que ce soit un objet. Alors, tout a disparu : la Mère divine, Yvan Amar… Il n’y avait que Cela : une réalité absolue où n’existait plus ni division ni conflits, où seule existait l’évidence de l’être.
Yvan Amar - L’Effort et la Grâce - Éditions Albin Michel
vendredi 1 mai 2009
L’amour inconditionnel nous regarde
et regarde les murs
le ciel, les arbres,
et tout le reste de la même façon.
L’amour inconditionnel nous aime.
Et il aime tout le monde de la même façon.
Ce n’est pas quelque chose que nous faisons.
C’est ce qui est déjà.
Et nous ne pouvons pas le vivre
Il vit au travers de nous.
Richard Moss
et regarde les murs
le ciel, les arbres,
et tout le reste de la même façon.
L’amour inconditionnel nous aime.
Et il aime tout le monde de la même façon.
Ce n’est pas quelque chose que nous faisons.
C’est ce qui est déjà.
Et nous ne pouvons pas le vivre
Il vit au travers de nous.
Richard Moss
mercredi 29 avril 2009
Je pense soudain à ce que je serais,
à ce que nous serions tous
si nous ne regardions plus nos manques et nos peines
comme des réalités fatales,
des objets tombés en nous depuis une réalité hostile,
mais si nous les lisions comme les signes de nos écarts,
de notre infidélité à la vie.
Et je suis ébloui.
Jacques Lusseyran
lundi 27 avril 2009
Eric Baret - Libre de tout dynamisme de vouloir changer quoi que ce soit
Le yoga n'est rien d'autre.
Sans aucun dynamisme, quelques mouvements sentis se réfèrent tout de suite à la vibration, à la tranquillité. La séance de yoga se termine là. Si le temps et les circonstances se présentent, on peut faire plus, pour la joie de faire, mais l'essentiel est accompli quand on sent ce corps vibrant, comme une chape de silence qui s'insinue dans toutes les couches du corps, l'espace devenu silencieux, le corps senti dans toutes les directions...
Dans cette dilatation, il y a clarté. Dès que je veux me trouver dans ce qui est dit, que je veux comprendre, que je veux quoi que ce soit, je quitte ce silence et de nouveau je me trouve dans le dynamisme mental.
Quand on a expérimenté cela quelques fois, on peut faire des économies! Ce n'est plus la peine de venir dans les séminaires. On reste chez soi, on fait quelques mouvements absurdes des bras, tranquillement. De nouveau, on se trouve dans ce silence, cette tranquillité. Cela suffit. Ce n'est pas la peine d'aller ailleurs pour trouver cela! Où que l'on soit, cette disponibilité demeure. Si, exceptionnellement, on replonge dans l'idée d'avoir une vie, un projet, un futur, on peut une dernière fois faire un séminaire pour retrouver cette évidence... Mais on ne peut pas passer sa vie à aller quelque part pour être tranquille. On est tranquille chez soi. La seule chose qui me fait quitter cette tranquillité, ce silence, c'est de me chercher dans la situation.
La non-clarté est la clarté en train de s'éveiller.
Vivre ce manque de clarté humblement, clairement, pratiquement, sans la moindre prétention qu'il devrait y avoir autre chose que cela. Dès lors que je veux enlever cette non-clarté pour obtenir la clarté, je m'échappe. Là est la véritable non-clarté.
Je sens en moi la non-clarté, la confusion. Je suis exactement comme je peux être, je ne peux pas être autrement. Je dis merci à ce ressenti, parce que je sais que c'est la clarté qui se cherche en moi. J'écoute, je me tais, je me tais de l'idée que je devrais être non confus. Je vibre à ma confusion, je suis présent. Je me rends compte alors que je ne suis pas confus - je sens la confusion. Je ne suis pas agité, je sens l'agitation. L'agitation est en moi, la confusion est en moi, la peur est en moi, le manque de clarté est en moi. Tout cela apparaît dans ma clarté, dans ma disponibilité. Je fais corps avec cela. Je suis libre de tout dynamisme de vouloir changer quoi que ce soit. C'est la seule porte. Il ne peut pas y en avoir d'autre. Ce n'est jamais devant, ce n'est jamais de faire, c'est toujours de revenir ici, présent, tranquille.
Je sens la résonance. Je ne m'occupe plus de la situation, du manque de clarté, du manque de ceci ou de cela. Je sens ce qui est là maintenant. La vérité est dans l'instant. Résonance, disponibilité. Là, un éclaircissement se fait. Si de nouveau - et quelle que soit la raison, parce que, profondément, il n'y a aucune raison - la non-clarté revient, la confusion revient, j'ai un respect profond pour cela.
Il est très important de se rendre compte que l'on n'est pas confus - on sent la confusion. Quelqu'un de vraiment confus ne sait pas qu'il l'est. Il se croit clair. Tous les « libérés » que l'on trouve sur le marché de la spiritualité et qui se croient clairs, voilà la confusion. Quand je sens la confusion, c'est que je vis la clarté. C'est parce que je suis clair que je perçois en moi la confusion, parce que je suis détendu que je perçois en moi la tension. Les gens tendus pensent être détendus. Quand on commence à être détendu, on se rend compte que l'on est tendu. Je me rends compte de la confusion, c'est la clarté en train de s'ouvrir en moi. Je reste là.
Ce qui doit s'accomplir s'accomplit, il n'y a rien à faire pour cela. Dès le moment où je veux me clarifier, là je suis dans la confusion. Je peux uniquement ajourner la confusion, la camoufler et me croire sage, libre ou autre chose. Donc je reviens à la résonance, à maintenant, à ce que je sens dans l'instant. Si c'est la tristesse, la tristesse est l'essentiel. Si c'est l'agitation, l'agitation est l'essentiel. Ce que je sens dans l'instant est ce qui est ultime. Il n'y a rien d'autre. Tout le reste, ce sont des histoires.
Si l'on joue avec le corps, c'est pour se familiariser avec cette évidence : je sens la tension, je ne suis pas tendu. Puis cela va se transposer. De cette résonance, de cette disponibilité au conflit va jaillir la résonance pour faire du yoga, pour manger convenablement, voir un thérapeute, changer de mari, acheter une nouvelle voiture... L’évidence est là. Je ne fais que la suivre, je n'agis pas dans un but ou un autre. Là est l'action véritable. Mais toute action intentionnelle est une forme d'enfantillage qui, à un moment donné, cesse de se présenter. Sans but à l'action, un véritable dynamisme non psychologique apparaît. Il contient toutes les actions possibles.
Eric Baret - Le seul désir - Editions Almora
mardi 21 avril 2009
Le Chemin est dépouillement.
Le Chemin que notre pas épouse, parfois dans la souffrance, passe, non par des schémas présupposés de rupture avec soi, et donc avec les autres, mais par des redécouvertes de soi que l'on a tôt fait de qualifier de ruptures, tant elles sont brutales, tant elles sont corrosives. Et l'ego, replié sur sa peur, les habille de souffrance.
Ces retrouvailles personnelles scellent notre recherche d'authenticité. Il est vrai que, dans l'instant, nous les vivons comme autant de fractures intimes. En ces temps actuels, le mental admet plus facilement les déséquilibres, les déchirements que les voies exigeantes et patientes de l'harmonie recréée. Le vocabulaire de la division est si commode... Notre malaise est un bon alibi! Et de là à penser que le Chemin, en lui-même, porte rupture et désunion, il n'y a qu'un pas, vite franchi.
Le Chemin est Vie.
Nul besoin de tenter d’expliquer, nul besoin de tenter de démontrer... Il n'y a pas la vie en dehors du Chemin, le Chemin en dehors de la vie. C'est dans la vie, la vôtre, à travers elle, qu'il s'expérimente, se crée et se vit. N'oublions pas sa réalité incarnée : il est plénitude et joie dans et à travers l'expérience quotidienne, vécue, ressentie, pétrie de notre splendide humanité.
Le Chemin est Unité.
Que nous soyons présent dans le regard de l'autre, cela ne nous appartient pas. Accepter ou refuser qu'entre ce regard et le nôtre la distance, la couleur du lien, l'intensité de l'échange puissent se modifier, cela par contre nous appartient. Acceptez la différence, la différenciation, le jeu duel de l'existence humaine, et, dans l'instant, surface et profondeur, endroit et envers, ombre et lumière en nous ne seront plus qu'un.
Le Chemin n'est que Confiance.
Il passe par le rayonnement de la plénitude qu'il nous est possible de pressentir et de goûter. Il passe par le rayonnement de cette plénitude dans la vie, à travers notre vie, jusqu'à baigner le regard et le cœur de l'autre.
Le Chemin que notre pas épouse, parfois dans la souffrance, passe, non par des schémas présupposés de rupture avec soi, et donc avec les autres, mais par des redécouvertes de soi que l'on a tôt fait de qualifier de ruptures, tant elles sont brutales, tant elles sont corrosives. Et l'ego, replié sur sa peur, les habille de souffrance.
Ces retrouvailles personnelles scellent notre recherche d'authenticité. Il est vrai que, dans l'instant, nous les vivons comme autant de fractures intimes. En ces temps actuels, le mental admet plus facilement les déséquilibres, les déchirements que les voies exigeantes et patientes de l'harmonie recréée. Le vocabulaire de la division est si commode... Notre malaise est un bon alibi! Et de là à penser que le Chemin, en lui-même, porte rupture et désunion, il n'y a qu'un pas, vite franchi.
Le Chemin est Vie.
Nul besoin de tenter d’expliquer, nul besoin de tenter de démontrer... Il n'y a pas la vie en dehors du Chemin, le Chemin en dehors de la vie. C'est dans la vie, la vôtre, à travers elle, qu'il s'expérimente, se crée et se vit. N'oublions pas sa réalité incarnée : il est plénitude et joie dans et à travers l'expérience quotidienne, vécue, ressentie, pétrie de notre splendide humanité.
Le Chemin est Unité.
Que nous soyons présent dans le regard de l'autre, cela ne nous appartient pas. Accepter ou refuser qu'entre ce regard et le nôtre la distance, la couleur du lien, l'intensité de l'échange puissent se modifier, cela par contre nous appartient. Acceptez la différence, la différenciation, le jeu duel de l'existence humaine, et, dans l'instant, surface et profondeur, endroit et envers, ombre et lumière en nous ne seront plus qu'un.
Le Chemin n'est que Confiance.
Il passe par le rayonnement de la plénitude qu'il nous est possible de pressentir et de goûter. Il passe par le rayonnement de cette plénitude dans la vie, à travers notre vie, jusqu'à baigner le regard et le cœur de l'autre.
Alors l'autre, retourné à lui-même, cheminera avec nous
et nous, revenu à nous-même, cheminerons avec lui.
et nous, revenu à nous-même, cheminerons avec lui.
Extraits de textes trouvés sur Internet
lundi 20 avril 2009
L’étreinte est une pratique de réconciliation
très profonde, dans le silence.
Quand nous serrons quelqu’un dans nos bras,
nos cœurs sont reliés
et nous savons que nous ne sommes pas des êtres séparés.
Embrasser avec notre pleine conscience
et notre concentration peut apporter la réconciliation,
la guérison, la compréhension et beaucoup de bonheur.
Quand nous nous embrassons de cette manière,
l’autre personne devient plus réelle et plus vivante.
Nous pouvons recevoir sa chaleur
et sa stabilité dans le moment présent.
Thich Nhat Hanh
lundi 6 avril 2009
Lorette Noblécourt - Consentement à l'essentiel
Lorette Noblécourt est écrivaine et nous livre dans ce récit introspectif et d'une exigence dépouillée, sa renaissance, passage de la névrose à l'Etre d'amour. Cheminement d'une grande limpidité de conscience, qui fait jaillir la lumière des ténèbres les plus oppressantes et délivre le regard du côté de la vie.
Nous savons qu’il n’y a rien à réussir car tout s’accomplit.
Chacun doit être défait de sa représentation pour être rendu seulement à ce qu’il est. Car être absolument ce que nous sommes c’est être beaucoup plus que ce que nous sommes. Devenir qui nous sommes c’est détruire en totalité la représentation que nous avons de nous-mêmes.
Cette vision exaltée de soi-même, cette identité idéale ; nous ne serons jamais celle ou celui que nous avons voulu être mais nous pouvons être enfin celle ou celui qui, en soi, devient. Cette défaite peut être notre plus grande victoire.
Cet homme qui croit être arrivé est un homme égaré. Toujours il faut recoudre les habits du voyage et repartir en soi même. Ce n’est pas s’élever dont il s’agit mais s’enfoncer. La véritable ascension relève, en réalité, d’une descente dans les profondeurs.
Et ce que nous appelons miracle est seulement la vie révélée dans son essence. La vie ce n’est ni scientifique, ni mystique ni magique ; c’est ontologique et poétique.
Et en éprouvant l’ombre et la lumière du monde, nous pressentons que l’ombre aussi a besoin d’amour.
Cette part inaltérable de l’Etre en nous, personne ne peut la posséder, y compris nous-même. Elle nous ouvre un accès continuel à la connaissance qui est un autre nom de l’amour.
La joie est la joie lorsqu’elle n’a aucune cause antérieure à elle-même. Comment chacun prend-il en charge son propre désir de vivre, comment chacun conduit-il ce désir vers la joie ? C’est la façon la plus humble que nous avons à notre portée d’appréhender les êtres.
Lorette Noblécourt - L'usure des jours - Editions Grasset
vendredi 3 avril 2009
Eric Baret - Disponible et présent ...
www.bhairava.ws
Votre sécurité, c'est ce qui se présente à vous… La sécurité, c'est d'être présent. Il n'y a que le présent. Dans le présent, personne ne manque! Vous êtes disponible : là, il y a la sécurité. Je me sens à la maison. Ma maison, c'est la disponibilité. Il n'y a pas de sécurité quelque part. De toute façon, la vie se charge de remettre en question la sécurité que représente votre mari, votre femme, votre enfant, votre corps ou votre compte en banque. La vie est très créative. La sécurité ne dépend pas d'une situation.
Ça ne veut pas dire que vous faites n'importe quoi! Vous respectez votre structure corporelle et psychologique. S'il vous est plus confortable physiologiquement de vivre avec un homme, avec une femme, avec un chien, vous le faites. S'il vous est plus confortable de manger une nourriture équilibrée, vous le faites. Mais vous ne vous cherchez plus là-dedans. Votre manière de vivre devient secondaire. Du fait que c'est secondaire, cela devient clair, donc facile. Où que vous soyez, il y a une facilité de vivre. Si vous avez énormément d'argent, vous gérez énormément d'argent. Si vous avez peu d'argent, vous gérez peu d'argent. Vous respectez le fonctionnement des choses. Vivre seul, vivre à deux, avoir des enfants : ces choses-là n'ont aucune importance. Il n'y a rien qui soit mieux.
Le fait que vous ne vous cherchiez plus là-dedans vous rend très sensible à ce qui éveille en vous une résonance. Quelque chose résonne autour de vous et vous trouvez l'environnement qui vous convient. Il n'y a pas de hasard. Ce que l'on fait, on le fait par résonance. Si l'on mange une nourriture saine, c'est pour la joie de la manger, pas parce que c'est bon pour la santé. La santé est un concept. Si demain je me fais écraser par un tracteur, que j'aie mangé des germes de blé ou du bifteck ne fera pas une grande différence...
Mais pour la joie, manger des graines germées, si vous en avez les moyens, si c'est possible, faites le. Si vous vous mariez, si vous avez des enfants, si vous faites du théâtre, du chant, de la musique, si vous travaillez, c'est pour la joie de le faire. On fait les choses pour la joie de les faire ; cela ne rapporte rien. Quand ce que je fais m'apporte quelque chose, je suis encore dans une histoire. Quand j'ai l'idéologie de vivre comme ceci ou comme cela, la moindre chose que je rencontre m'agresse. Si je n'ai pas d'histoire, je ne me sentirai pas agressé. Le corps peut être agressé. Mais vous ne vous sentez pas agressé. Quand il n'y a rien à manger, vous ne mangez pas : vous ne vous sentez pas agressé. Quant au corps, il réagira comme il réagira ; ce n'est pas un problème psychologique. Quand vous n'avez plus besoin d'homme ou de femme pour vivre avec vous, là vous pouvez vraiment vivre avec un homme ou une femme. Parce que vous n'avez plus rien à prendre.
Vous ne vivez pas une idylle, vous vivez ce qui est présent. Vous ne percevez pas l'autre tel qu'il devrait être, mais tel qu'il est. Il n'y a pas de surprise. Vous n'attendez rien : vous avez tout.
La joie, c'est de donner.
Eric Baret - Le seul désir - Editions Almora
vendredi 27 mars 2009
Inscription à :
Articles (Atom)





