samedi 10 juillet 2010

Jean Klein - L'écoute dans son état naturel




L'écoute n'est pas une fonction ; elle n'est pas une activité, elle n'est dirigée ni vers le dehors, ni vers le dedans. Elle est intemporelle, et pour parvenir à cette écoute intemporelle, la seule chose dont vous ayez à prendre conscience, ce sont les moments où vous n'écoutez pas ; c'est suffisant.

Quand vous observez que vous n’écoutez pas, revenez à la perception globale, ramenez ce qui est perçu à la perception ; vous êtes alors dans l’écoute intemporelle.
Quand cette écoute perdure, elle se déploie et atteint à la tranquillité. Lorsque ce que vous avez compris sur un plan intellectuel est complètement résorbé dans l'écoute, quand il n'y a plus de représentation, c'est alors seulement qu'il y a tranquillité. Et ce que vous écoutez se rapporte à l'écoute, a son berceau dans l'écoute, dans la tranquillité. Dans l'écoute et la tranquillité, il n'y a personne pour être tranquille, et cette tranquillité ne renvoie à aucun objet ; elle est absolument sans objet ; c'est notre vraie nature ; c'est notre totalité.

Quand il y a écoute dans son état naturel, dans son état d'innocence, cette écoute se confond avec l’être ; cela ne se passe pas dans une relation sujet/objet. Vous ne pouvez la localiser, vous ne pouvez la représenter, vous ne pouvez ni la percevoir, ni la penser parce qu’il n’y a personne pour la percevoir et personne pour le penser ; il n'y a rien à percevoir et rien à penser.

L'écoute dont nous parlons ne se réfère pas à la fonction spécifique de l'ouïe, elle renvoie à notre totalité, c'est une écoute globale, une ouverture et une réceptivité totales. Votre vraie nature est seulement cette écoute, cette réceptivité, indépendantes de toute localisation.

Dans l'écoute globale, il n'y a aucune place pour une entité indépendante, il n'y a personne pour écouter, il y a seulement écoute. Tout ce qui vous entoure se rapporte à cette écoute ; il y a occasionnellement écoute de quelque chose, mais quand il n'y a rien à écouter il y a uniquement écoute, uniquement l'être.

Votre vraie nature se trouve dans un état total de «Je ne sais pas», de non-connaissance. La vraie connaissance se trouve seulement dans la non-connaissance. Quand vous demeurez dans la connaissance sur un plan intellectuel, il y a encore conflit ; la connaissance doit complètement se dissoudre dans la non-connaissance ; c'est alors dans la non-connaissance que vous connaissez véritablement.

Aussi longtemps que vous rapportez votre connaissance à une possible connaissance, il y a confusion. Toute connaissance possible doit complètement se résorber dans la non-connaissance. Avec le savoir, vous demeurez dans la pensée ; dans la non-connaissance, vous percevez votre globalité.

C'est seulement dans la non connaissance qu'il y a joie. Aussi devez-vous comprendre très clairement que lorsque vous dites : «Je sais», en réalité vous ne savez pas. Vous avez réduit le connu à une simple pensée, à une représentation. Etre réellement connaissance ne se produit que lorsque toute représentation s'est totalement dissoute dans la non-connaissance ; c'est seulement dans cette non-connaissance qu'il y a connaissance .


Jean Klein - Transmettre la lumière - Editions Le Relié Poche -




samedi 3 juillet 2010

Regarder dans la brume matinale
les souvenirs éclatant comme les bulles imprévisibles
de la moiteur du néant.

Regarder dans la brume matinale
les désirs, tensions douloureuses du projet à atteindre,
de la vie à construire.

Et percevoir, parfois,
dans le reflet du fleuve sacré l'être inaliénable du présent.



vendredi 2 juillet 2010

Paul Montangerand - L’autre est celui qui m’ouvre à une dimension nouvelle...



... Seule la sortie du fusionnel permet, par différenciation, l’élaboration d’une alchimie intérieure, où chacun des partenaires devient humain en s’ouvrant à l’infini de l’autre. Le chemin de chacun et vers lui-même passe par sa relation à un autre (principe de l'altérité).

C’est par la femme que l’homme peut découvrir son intériorité, comme c’est par l’homme que la femme découvre ce qu’il y a de plus caché en elle. Médiatrice de l’homme, la femme peut lui dévoiler son être dans son entièreté, comme l’homme est médiateur pour la femme. La relation est fondamentale, elle est fondatrice des êtres en présence. La conscience ne peut être conscience de soi que dans la mesure de sa reconnaissance par un autre.

En cette dialectique se joue un moment décisif du devenir humain. La rencontre n’est pas l’expérience de la complémentarité, mais ouverture en chacun d’une dimension «autre» de l’humain ; l’homme découvre alors son anima, et la femme son animus qui jusqu’alors étaient indifférenciés. L’autre est celui qui m’ouvre à une dimension nouvelle.
Il n’est de rencontre authentique que celle passant par la reconnaissance et l’acceptation d’une double différence : celle de l’autre, et celle de mon intériorité, dans un même mouvement vers l’infini du Tout Autre...

... La paix intérieure ne peut être atteinte que lorsque le pouvoir de l’Amour a remplacé l’amour du pouvoir. Celui qui est grand est celui qui connaît ses faiblesses, et qui humblement les convertit en puissance de transformation. C'est-à-dire que ses faiblesses sont l’occasion d’une évolution vers une plus large prise de conscience. La voie consiste à prendre appui sur les expériences et les exigences de notre vécu quotidien, afin de nous hisser vers un autre niveau d’être…

Nous ne pouvons atteindre la paix intérieure qu’en acceptant que notre guide suprême soit l’unité dans la multitude et la multitude dans l’unité. Cela est l’œuvre d’Eros conduisant à Agapè, où l’important n’est pas d’être aimé, mais d’aimer gratuitement, sans aucune attente.
La paix intérieure s’instaure lorsque nous réalisons cette vérité suprême : l’Amour est révélation de la Vie.


Paul Montangerand - La voix du cœur, chemin du thérapeute - Editions Imprimerie du Pré Battoir



samedi 26 juin 2010

Eric Baret - Vivre la médiocrité qui révèle l'ultime en nous



Se familiariser avec cette disponibilité aux instants de la vie. Je n'ai pas besoin de changer quoi que ce soit en moi : mes peurs, mon arrogance, mes prétentions, mes limites, tout cela m'est nécessaire pour pressentir le sans-limite.

Tout change, mais aucun changement autre que celui qui apparaît dans l'instant n'est nécessaire. Toutes les énergies qui étaient utilisées pour créer, pour s'approprier, vont aller s'asseoir dans cette disponibilité. Là, il y aura création véritable. Cette création est célébration : une création qui rend grâce, pas une création qui affirme.

La spiritualité est un concept. Ce que les gens projettent dans la prétendue spiritualité, à six ans ils le projetaient dans leur équipe de scouts, à dix dans leur équipe de foot, à vingt dans la politique et à trente dans le mariage ...
Ce manque que l'on a essayé de combler par une poupée, un train électrique, une bonne note à l'école, une carrière, un enfant, on le projette ensuite dans la spiritualité. C'est le pot-pourri de toutes nos peurs. Chacun, selon la forme de ses anxiétés, se trouve attiré par un certain type de spiritualité. Quand c'est présent, il faut le respecter ; mais ce n'est rien d'autre que la peur.

La vraie spiritualité est un remerciement. Maître Eckhart fait une différence entre la vraie prière, prière du cœur, célébration de l'accomplissement divin, et la prière qui vient du manque, qui essaie de demander une rectification. Cette dernière n'est pas une prière, mais une forme d'abcès.

La vraie prière est remerciement. La vraie spiritualité est un non-dynamisme qui s'incarne dans une disponibilité de chaque instant. Quand le cancer, la maladie, la naissance, la violence, l'émotion vient, être disponible : là se trouve la profondeur.

Les scouts, la politique, la spiritualité, l'enfant, l'équipe de rugby ont leur place, sinon cela n'existerait pas. Vouloir se libérer de tous ses problèmes pour devenir spirituel, pour devenir «éveillé», aussi. Ces règles, ces références, ces savoirs sont issus de la peur.
Vient un moment où vous n'avez plus besoin de vous chercher dans les différents courants de la vie. C'est vous qui éclairez la spiritualité, non l'inverse. C'est votre clarté qui vous fait comprendre profondément ce qu'est la politique, la paternité, la violence, la maladie, le bouddhisme, l'islam. Votre clarté éclaire tout cela.

Et, là, il n 'y a plus de mot, plus de direction, de savoir, d'école, de ligne, d'enseignement et, surtout, plus de personne spirituelle. Seule reste une non-séparation.

Comprendre qu'il n'y a rien à comprendre, rien à acquérir. Je n'ai pas besoin d'inventer des outils pour faire face à la vie, de créer des moyens de défense ou d'appropriation pour faire face aux situations.

Regarder honnêtement ce qui est là, ce qui éveille en moi la peur, l'anxiété, la prétention, la défense. Clairement, accepter mes prétentions, mes limites. Ces limites vont refléter la non-limite.

Il faut vivre la médiocrité : elle révèle l'ultime en nous. Quand je refuse la médiocrité, quand j'imagine, que je projette un supérieur ou un inférieur, des choses spirituelles qui devraient me libérer de la vie quotidienne, là, je suis dans un imaginaire. C'est une forme de psychose. La médiocrité est l'essentiel-la médiocrité selon mes concepts.

Fonctionner journellement : manger, dormir, aimer, voir, sentir, regarder. Laisser toutes les émotions vivre en nous. Rien à défendre, à affirmer, à savoir. Je n'ai besoin de rien pour pressentir ce qui est primordial. Inutile de changer quoi que ce soit en moi.

Certaines découvertes sont à faire et à oublier dans l'instant. Et pour la personne, c'est la terreur, car l'ego a besoin de s'approprier des qualifications : être spirituel, méditer, se libérer.


Eric Baret - De l'abadon - Editions Les deux océans




samedi 12 juin 2010

Thich Nath Tanh - Regarder profondément la pluie et voir que le nuage est toujours là



Je suis une personne libre, libre d'aller et de venir
Libérée des idées d'être et de non être.

Marcher sans me presser...

Montante ou descendante la lune est toujours la lune.
Le vent poursuit son voyage. Sentir le gout du souffle sur mon visage.
Il apporte la pluie pour nourrir le nuage proche.

Des gouttes de soleil tombe de très haut sur la terre.
Et le giron de la terre touche la voute limpide du ciel.

Thich Nath Tanh



dimanche 6 juin 2010

Thich Nhat Hanh - Allumer la lampe de la vigilance




Pendant la méditation assise, une fois que nous avons fermé les portes et les fenêtres sensorielles, les formations internes enfouies en nous se révèlent parfois sous formes d'images, de sensations ou de pensées.
Nous pouvons remarquer un sentiment d'angoisse, de peur ou un désagrément dont nous ne pouvons cerner la cause. Nous allumons alors la lampe de vigilance et nous préparons à voir cette image, ce sentiment ou cette pensée dans toute sa complexité. Quand ça commence à apparaître, ça peut devenir plus fort et plus intense. On peut trouver ça si fort que cela nous dérobe paix, joie et bien-être.
Nous n'avons alors peut-être plus envie d'entrer en contact avec ça. Nous avons peut-être envie de méditer sur autre chose ou d'arrêter carrément de méditer ; nous pouvons avoir envie de dormir ou de méditer à un autre moment.
En psychologie, on appelle ça la résistance. Nous avons peur de faire émerger à notre conscience les sentiments de douleur enfouis en nous parce que ceux-ci vont nous faire souffrir. Mais si nous pratiquons la respiration et le sourire depuis quelque temps, nous avons développé cette capacité à rester assis tranquille et à simplement observer nos peurs. Tout en restant connecté à notre respiration et en continuant à sourire, nous pouvons dire alors: « Salut, la peur! Te voilà encore. »

Il y a des gens qui pratiquent la méditation assise plusieurs heures par jour et qui ne font jamais vraiment face à leurs sentiments. Certains d'entre eux disent que les sentiments ne sont pas importants - et préfèrent porter leur attention sur des sujets métaphysiques. Je ne dis pas que ces autres sujets n'ont pas d'importance. Mais s'ils sont considérés sans relation avec nos problèmes réels, notre méditation n'aura pas vraiment de valeur ni d'utilité.

C'est un processus similaire à la psychothérapie. Au côté de son patient, un thérapeute cherche la nature de la souffrance. Souvent, le thérapeute peut révéler les causes d'une souffrance. Celle-ci provient de la façon dont le patient regarde les choses, des croyances qu'il a sur lui-même, sur sa culture et sur le monde en général. Le thérapeute examine ces points de vue et ces croyances avec le patient. Ce travail commun aboutit alors à libérer le patient de la prison dans laquelle il est enfermé. Mais les efforts du patient sont cruciaux. Un thérapeute doit savoir éveiller le thérapeute qui sommeille chez son patient.

Le thérapeute ne traite pas le patient en lui offrant un ensemble de nouvelles croyances. Il essaie de l'aider à voir quelles idées et croyances l'ont amené à souffrir ainsi. Beaucoup de patients veulent se débarrasser de leurs émotions douloureuses, mais ils ne veulent pas abandonner leurs croyances et points de vue qui sont les racines mêmes de leurs souffrances. Thérapeute et patient doivent alors travailler ensemble pour que le patient voie les choses telles qu'elles sont.

C'est la même chose quand on utilise la vigilance pour transformer nos sentiments. Après avoir identifié le sentiment, nous être unis à lui, l'avoir calmé et l'avoir lâché, on peut regarder plus profondément les causes, qui sont souvent basées sur des perceptions erronées. Dès que nous comprenons les causes et la nature de nos sentiments, ceux ci commencent à se transformer d’eux-mêmes.

En pratiquant la respiration en pleine conscience, nous pouvons retrouver l'accès à certains de ces nœuds en nous. Quand nous sommes conscients des images, des comportements, des pensées, des paroles et des comportements en nous, nous pouvons nous poser des questions comme: « Pourquoi ne me suis-je pas senti bien quand je l'ai entendu dire ça ? Pourquoi lui ai-je dit ça ? Pourquoi est-ce que je pense toujours à ma mère quand je vois cette femme? Pourquoi n'ai-je pas aimé ce personnage dans ce film? Qui ai-je haï dans le passé - et à qui il ressemblait? » .
Une telle observation méticuleuse peut faire peu à peu remonter à la conscience les formations internes enfouies en nous.


Thich Nhat Hanh - La sérénité de l'instant - Editions J'ai lu


Qu'est ce qui se passe en moi quand je ne fais rien ?
Qu'est ce qui se passe pour moi en ce moment ?

L'expérience de la méditation contient le possible des réponses.
La méditation est cette voie de l'exploration intérieure
de l'expérience de la présence à soi.

Il est des temps de vie où la pratique
prend le pas sur la réflexion, la lecture, l'écriture...

Tout en restant aussi en lien avec ce blog.
Christiane




lundi 24 mai 2010

Thierry Janssen - Avec humilité, avec humanité...



Trois ans déjà que Christiane Singer nous quittait au terme d'un long voyage dont elle laissait quelques derniers fragments dans un murmure apaisé. Trois années durant lesquelles de nombreuses personnes m'ont confié leur chagrin et leur incompréhension face à ce qu'elles considéraient comme une injustice, un illogisme. Car, s'interrogeaient-elles, comment une femme «aussi évoluée» que Christiane Singer pouvait-elle «avoir attrapé un cancer» ? Comment une personne ayant développé autant de lucidité à propos d'elle-même et des autres avait-elle pu tomber malade?

La question me fut posée à l'issue de presque toutes les conférences que j'ai prononcées depuis le départ de notre amie. S'interroger de la sorte suppose que l'on considère les maladies et le cancer en particulier comme la conséquence d'un manque de conscience, d'un aveuglement ou d'une incapacité à vivre «éveillé». Cela laisse penser que nos maux sont provoqués par nos inhibitions, par nos refoulements et par nos conflits émotionnels, psychologiques ou peut-être même spirituels. Il n'est pas étonnant, dès lors, que certaines personnes puissent croire qu'un travail de développement personnel, une démarche psychologique ou un engagement spirituel protègent du mauvais sort. A condition toutefois, disent-elles, d'avoir suffisamment travaillé et d'avoir atteint un état «aussi évolué» que celui auquel serait parvenue Christiane Singer.


Certes, la qualité de nos pensées et de nos émotions influe sur notre santé. Cependant, les déséquilibres qui conduisent à la maladie ne sont pas tous d'origine psychique. A l'image de la vie dont elle est une manifestation, la maladie est un phénomène éminemment complexe. Elle est rarement le fait d'une seule cause, fùt-elle psychologique ou émotionnelle. Elle est, le plus souvent, le résultat d'un ensemble de facteurs qui, séparément, ne sont pas toujours pathogènes mais, en synergie, finissent par créer la fragilité et le déséquilibre.


La maladie est avant tout un phénomène multifactoriel, une tentative de la vie de rétablir une harmonie dans une situation perturbée. Une tentative qui, parfois, conduit à la mort.

Certaines personnes qui m'entretenaient à propos de Christiane Singer s'étonnaient de plus que celle-ci ne soit pas parvenue à se guérir. Elle qui était «si lumineuse» ! Hélas, la guérison est, elle aussi, un phénomène complexe, faisant intervenir de nombreux éléments au rang desquels il ne faut certainement pas sous-estimer les forces de la pensée. Néanmoins, les processus matériels ont leur propre logique. Le temps et l'espace ont leurs propres contingences.


La maladie nous rappelle à l'humilité, à l'humus dont nous sommes nés. Elle nous confronte à notre humanité. Face au chaos qu'elle provoque dans nos existences, il peut être ainsi tentant de se rassurer à l'aide d'une pensée magique. Croire que notre évolution de conscience est un gage de bonne santé, penser que notre développement personnel et spirituel garantit notre guérison: l'illusion de la toute-puissance n'est pas loin. Car, même si cela peut être vrai (en partie du moins), que savons-nous réellement de ceux que nous admirons comme des modèles de développement personnel ou d'évolution spirituelle?


Que savons-nous des zones d'ombre qui, peut-être, abritent certaines causes à l'origine de leurs souffrances? Découvrir que nos modèles de vie - ces guides qui nous paraissent avoir acquis une meilleure compréhension de l'esprit des choses et des êtres - sont vulnérables nous renvoie à notre propre fragilité. L’accepter est peut-être le secret d'une conscience véritablement éveillée. C'est peut-être cela, qu'au travers de son long voyage et de ses livres, Christiane Singer a essayé de nous dire. Avec humilité, avec humanité.



Thierry Janssen - Chronique du Magazine Réel


samedi 8 mai 2010

Marc de Smedt - Réveiller l'enthousiasme dans les coeurs



Notre société est traversée de tourbillons qui sont ceux du temps : la contestation sociale s'y mêle à l'inquiétude, la résignation au manque d'espoir, les calculs politiciens aux attentes déçues. Une certaine sinistrose habite ce vieux pays fatigué qui est pourtant une des régions de cocagne du monde, un lieu favorisé par sa situation et ses ressources naturelles.


On parle pourtant trop peu d'un courant puissant qui traverse toutes les couches de la société française et européenne et que je définirais comme une révolution silencieuse : celle-ci se compose de toutes ces personnes qui décident de ne pas se laisser avoir par le marasme ambiant ni par la dépression globale et individuelle, et qui font l'effort de se prendre en charge intérieurement pour au moins évoluer dans leur être propre, éclaircir leur conscience, se rendre capable d'actions justes afin d'essayer de vivre en harmonie avec soi-même et avec autrui.

Ces personnes-là apprennent à fabriquer du sens dans leur vie, à collectionner des moments heureux, à réveiller l'enthousiasme dans les cœurs et l'énergie vitale dans leur corps, bref à être bienfaisants au sens large, et pour eux-mêmes et pour autrui.

Cette révolution, sans bruit mais pas sans paroles ni actes, prend diverses formes et se banalise à petits pas : voir l'intérêt pour le bio et les médecines douces, le nombre de cours de yoga et de «gymnosophies» diverses pour comprendre qu'il se passe quelque chose de fort et qu'un besoin s'exprime là, comme si la sagesse inhérente à chaque être humain partait en quête d'elle-même.

Lassés de ce que la société propose en termes de santé, de mieux-être, de divertissement et surtout de prise en charge des problèmes personnels, à quoi s'ajoute une impression généralisée que tout va de travers, des gens de plus en plus nombreux prennent leur destin en main et partent en quête de sens.


Marc de Smedt - Extraits de l'Editorial du magazine Nouvelles Clefs


samedi 1 mai 2010

Michel Random - L'art de nouer le ciel et la terre...



Qu'est-ce que l'accord de la vie sinon l'alliance de l'être et du non-être? Nous disons que nous allons de la forme à la non-forme c'est-à-dire au vide, tout en nous rendant bien compte qu'il est presque impossible de concevoir un vide qui que soit pas une forme. De même nous sommes dans le temps et l'espace et pourtant nous concevons qu'il existe un point stable, c'est-à-dire un présent permanent.
Autrement dit toute approche de la connaissance est un paradoxe permanent, l'investigation du champ des Possibles par l'idée, l'imaginaire ou le mouvement. Et quoi que nous fassions il est évident que nous ne serons jamais que les danseurs éternels de cet être et de ce non-être, et que faute de pouvoir le dire, le vivre ou l'exprimer nous allons néanmoins tenter ce prodigieux voyage qui, au-delà des fascinations intérieures, conduit à ce qui est, nous accorde au rythme, au souffle, à l'esprit universel, laissant en quelque sorte chanter et danser l'espace, le temps, le mouvement. Alors se dessine la perception d'une autre dimension que nous pourrions nommer l'ivresse de la non-séparation.

C'est ainsi que, par cette fusion créatrice, l'homme est sans cesse dans le devenir, dans le monde de l'étonnement, dans le voyage de ces consciences éveillées qui tout à coup savent ce qu'elles croyaient ne pas savoir. II y a là un prodigieux apprentissage, une fête de l'esprit, une liberté dans la liberté. II y a là le bonheur de découvrir la grâce éternelle du vivant qui est «amour» au sens où les dualités, les peurs et les oppositions s'effacent.
Nous parlons toujours de l'œuvre à faire, en oubliant que nous sommes nous-mêmes le «GrandŒuvre», que la transmutation alchimique de nos énergies, de nos facultés et de nos pensées est le but même du vivant en action en nous. Tant et si bien qu'on peut dire que la mort est l'opposition consciente ou non au rythme universel qui en nous désire l'éclairement, l'apparition de ce soleil d'or qu'est notre conscience éveillée au sens où elle est libre de toutes angoisses, au sens où elle chante par toutes les formes de l'être l'incessante ivresse du vivant.

Nous avons ancré dans notre esprit l'éternelle litanie des termes contraires : le haut et le bas, le bien et le mal, le conscient et l'inconscient, etc.
Or si la connaissance n'est pas fusion nous ne pouvons rien faire, nous resterons à jamais dans la loi de la causalité, de l'accident, donc de la souffrance. C'est un vieux manichéisme occidental qui nous dit que la souffrance est nécessaire au salut. La souffrance existe comme résultat et conséquence de ce qui est séparé et divisé en nous, des idées que nous nous faisons sur l'ombre et la lumière. Mais la souffrance elle-même est effacée, quand la danse de ce qui est apparaît, quand le «corps de lumière» comme diraient les maîtres soufis, se manifeste comme un corps-conscience, c'est-à-dire une conscience ouverte, sans limite, et qui sait intuitivement ce qui ne peut se concevoir.

Alors est effectivement réalisé ce «corps d'or» c'est-à-dire ce corps où toutes les énergies se sont accordées, et où il n'existe plus ni ciel ni terre, ni haut ni bas, mais la danse et la manifestation indéfinie et incessante de l'être et du non-être.


Michel Random - Préface du livre de G. Brunon. Editions Savoir Etre


samedi 24 avril 2010



La montagne descend jusqu'aux eaux dansantes,
mais sa tête est cachée dans un nuage sombre.

Sur le tronc d'un pin mort
une fleur délicate a poussé.

La substance de mon amour est la Vie,
dans ses sentiers il n'y a pas de mort.

J. Krishnamurti


lundi 12 avril 2010

Boire le silence
dans la coupe de notre cœur
nous ramène
à notre source d'être,
riche d'une connaissance spontanée
jaillissant de l'inattendu...



mardi 6 avril 2010


Etre pleinement vivant quelles que soient les circonstances...

L'invitation à vivre comme un individu
authentiquement autonome et libéré de l'emprise de la peur.

La maîtrise de soi véritable,
cette capacité à rester pleinement présent,
quoi que la vie nous apporte,
parce que nous avons confiance en qui nous sommes.

Richard Moss


vendredi 2 avril 2010

John Welwood - Les paradoxes de la relation ...



.... Le chemin consistant à travailler sur les polarités et les contradictions de l'être humain - « la voie du milieu» selon la terminologie bouddhiste classique - implique de ne pas s'identifier à quoi que ce soit : ni au plaisir ni à la douleur, ni au fait d'être séparés ou ensemble, ni à l'attachement ni au détachement.
La voie du milieu n’est pas une sorte de base médiane terne. Elle exige davantage que nous soyons à chaque instant agi1es et éveillés, afin de ne pas nous rigidifier dans quelque position ce soit, aussi justifiée qu'elle puisse nous paraître.
Le fait de ne pas nous figer dans une attitude préserve notre sensibilité vis-à-vis de ce qui est nécessaire à chaque instant, de sorte que la danse de la relation intime peut continuer d'évoluer de manière fluide. Quand deux personnes sont trop investies dans leurs positions (par exemple: «J'ai besoin d'être plus proche» contre «J'ai besoin de plus d'espace»), elles deviennent polarisées et la danse se fige dans un grincement.

La voie du milieu ne consiste pas à soupeser une chose par rapport à une autre pour que les plateaux de la balance soient au même niveau. Il s'agit d'un processus beaucoup plus dynamique et immédiat, qui implique de devenir conscients de la façon dont nous perdons notre équilibre. Quand nous perdons notre assise, cette perte même d'équilibre nous éveille ; et en nous éveillant, nous retrouvons notre assise.
Retrouver notre assise signifie revenir au présent, abandonner l'identification avec telle ou telle position et porter un regard neuf sur ce qui se passe et sur ce que requiert la situation à l'instant même.

Non pas que nous ne devions jamais prendre position ; en fait à l'instant même, la situation peut exiger de moi que je défende ce qui est important pour moi, que je me batte même" pour cela," si nécessaire. Mais demain, les circonstances peuvent m’amener à abandonner cette position, à capituler et à laisser le besoin de mon ou ma partenaire avoir la préséance sur les miens .

Le paradoxe de la relation est qu'elle nous invite à être pleinement nous-même, à exprimer sans hésitation qui nous sommes, à prendre position sur cette terre et, en même temps, à abandonner des positions fixes et les attachements que nous leur portons.
Le non-attachement dans la relation ne signifie pas que nous ne devons pas avoir de besoins ni qu'il ne faut pas leur prêter attention. Si nous ignorons ou négligeons nos besoins, nous nous coupons d'une partie de nous-mêmes et avons, par là même, moins à offrir de nous-mêmes à notre partenaire.
Le non-attachement, au sens le plus élevé, signifie ne pas être identifiés à nos besoins, à ce que nous aimons ou pas. Nous reconnaissons certains besoins et, cependant, nous sommes également reliés à notre être plus vaste, là où ces besoins n'ont pas d'emprise sur nous. Nous pouvons alors soit revendiquer notre désir soit l'abandonner, en fonction des données de l'instant.


John Welwood - Pour une Psychologie de l'Eveil - Editions La Table Ronde



mercredi 31 mars 2010



L'instant présent et l'observateur ne font pas deux.
Je ne suis pas dans l'instant.
Je suis ce par quoi l'instant est.
Le présent n'est présent que par la Présence.
L'instant présent ne trouve son unique fondement qu'en Soi.
L'investigation "Qui suis-je ?" ne dévoile rien de plus
que le cœur vivant d'un éternel présent.
En somme, il ne s'agit pas tant de vivre l'instant présent que de lui rendre Vie.


Texte publié sur Internet


dimanche 28 mars 2010

seeing the future (in a glazen ball) par Flexart