jeudi 12 novembre 2009

B. Blin et B. Chavas - Les royaumes au delà du Moi



... La souffrance est toujours l'affaire de l'ego, aux prises avec les dynamiques psychologiques et émotionnelles qui vont des simples frustrations aux blessures archaïques les plus invalidantes.
La porte ouverte par la psychologie transpersonnelle nous invite dans les royaumes au-delà du moi, dans les espaces où le l'ego s'incline devant la majesté et l'immensité de ce qui nous crée et nous relie.
Et souvent grâce à la souffrance qui ouvre le chemin, nous pouvons effleurer la vision de l'indicible cohérence et de l'articulation parfaite de toute chose.


Bernadette Blin et Brigitte Chavas - Guérir l'ego Révéler l'être - Editions Guy Trédaniel




lundi 9 novembre 2009

John Welwood - La relation intime est une danse initiatique ...



Une relation intime est une danse de contradictions, dynamique et souvent étourdissante ; parfois délicieuse et séduisante, parfois féroce et combative, parfois énergisante et parfois exténuante.
Cette danse requiert d'être capable de se couler constamment dans des allers-retours entre des pôles opposés - entre se rejoindre et se séparer, saisir et lâcher prise, s'impliquer et donner de l'espace, céder et prendre la tête, se soumettre et rester ferme, être doux et être fort.

Ce n’est pas une danse facile à apprendre. De nombreux couples perdent rapidement le rythme, sont à contre-temps et aboutissent à une impasse dans des positions antagonistes, luttant pour la suprématie, tirant à hue et à dia, attaquant ou battant en retraite.
Ceux qui enseignent cette danse sont peu nombreux et, à mesure que les années passent, les pas de danse conventionnels que notre culture nous a appris semblent de plus en plus raides et démodés. Nous pouvons nous demander comment il est possible de danser avec grâce et puissance.

Ces allées et venues commencent dès que nous sommes attirés par une autre personne qui nous émeut. D'un côté, nous aspirons à rompre notre état séparé et à aller à la rencontre de cette personne qui représente un monde totalement nouveau et inexploré. Pourtant en même temps, nous expérimentons aussi de l'inquiétude. Aller vers quelqu'un d'autre implique certains risques importants et nous nous retrouvons en train de nous cramponner autant que nous le pouvons à cet état même de séparation que nous souhaitons surmonter. Dans notre attirance pour une autre personne, nous semblons nous dilater et nous contracter en même temps, ou du moins selon une alternance rapide.

La pratique de la méditation peut nous apprendre comment nous couler dans la danse de la relation, puisqu'elle est destinée à vaincre la fracture entre soi et l’autre - en premier lieu à l'intérieur de nous-mêmes.
En s’asseyant calmement, en suivant notre respiration tout en laissant nos pensées et sentiments s'élever et disparaître, nous commençons à surmonter la séparation entre notre propre expérience, que nous maintenons souvent à distance. Nous voyons comment la lutte pour nous accrocher à des expériences que nous aimons et pour rejeter celles que nous n'aimons pas, nous maintient coincés dans un esprit réactionnel et nous empêche d'être totalement présent. En nous libérant de cette lutte avec notre expérience, nous découvrons notre nature plus vaste qui a la capacité d'être avec ce qui est, libre de réactivité.

Dans une relation, maintenir notre assise peut signifier maintenir notre propre sens d'intégrité, face aux demandes et aux manipulations extérieures ou aux peurs et aux compulsions intérieures.
Et la pratique méditative de l’abandon des fixations mentales peut correspondre dans une relation au fait de ne pas s’enfermer dans une position fixe, quelle qu’elle soit, de ne pas transformer son ego en une forteresse solide, mais d’accepter volontiers d’adoucir son cœur, de baisser la garde et de se risquer à l’amour.

Au-delà de cela, l'amour entre un homme représente un défi sacré - d'aller au-delà de la poursuite entêtée de gratifications purement personnelles, de la guerre entre soi et l’autre et de découvrir ce qu’il y a de plus essentiel et de plus réel, de percevoir les hauts et les bas de la vie comme formant un tout. En nous aidant à nous guérir de notre aliénation de la vie, des autres et de nous-même, la relation devient un chemin sacré.

Je n'entends pas que la relation soit en elle-même et par elle-même un chemin complet pouvant se substituer à d'autres pratiques spirituelles. Mais si nous aspirons et nous nous consacrons quel que peu à nous éveiller à notre véritable nature, une relation, parallèlement à une pratique qui nous aide à y parvenir, peut alors dans ce contexte, être un moyen particulièrement puissant de nous aider à entrer en contact avec un niveau de vérité plus puissant.

Sous cet angle, les défis difficiles auxquels sont confrontés les hommes et les femmes qui unissent leurs énergies ne sont pas uniquement des épreuves personnelles. Ce sont également des invitations à nous ouvrir au jeu sacré du connu et de l'inconnu, du visible et de l'invisible, et aux vérités plus vastes, nées d'un contact intime avec le grand mystère de la vie elle-même.


John Welwood - Pour une psychologie de l'éveil - Editions La Table Ronde



lundi 2 novembre 2009

Jean Yves Leloup - Etre proche de notre désir le plus essentiel


La maladie pour les Thérapeutes d’Alexandrie vient de ce que l’homme a perdu l’orientation juste de son désir. Être malade c’est être à côté de son vrai désir, et la santé c’est être proche de son désir le plus intime, le plus essentiel.
Ce n’est pas évident de découvrir notre véritable désir, de le désidentifier du désir de notre environnement, de notre père, de notre mère, de tous ceux qui ont marqué et marquent encore notre existence. Qu’est-ce que je désire vraiment? Qu’est ce que je veux vraiment?
Si l’on peut répondre à cette question l’on ne se porte pas si mal. On va chez les Thérapeutes pour arrêter de désirer du désir des autres, pour sortir des désirs de l’environnement qui nous manipule, des désirs qui dans notre inconscient agissent à notre place, ce qui nous déséquilibre, nous rend plus ou moins schizophrène, c’est-à-dire nous sépare de notre être et de notre désir essentiel. Chez les Thérapeutes il nous est offert un lieu, un espace où on peut se poser la question : « Qu’est-ce que je désire vraiment, quelles sont les valeurs qui orientent ma vie ? »

Donc le Thérapeute prend soin du désir, des valeurs qui orientent le désir, sachant que le malaise, la souffrance viennent de ce qu’on est coupé de son désir, coupé de son être essentiel. Le malheur c’est d’avoir perdu cet espace de silence et de liberté à l’intérieur de soi.

Peut-être vivons-nous dans l’espace-temps pas seulement pour «faire», pour produire, pour agir, mais aussi pour prendre conscience de cet espace intérieur, de cette liberté.

Si savoir ce qu’on désire, retrouver son désir le plus essentiel, le plus intime est important, il y a aussi dans l’homme un désir qu’aucune chose désirable ne peut combler. La guérison sur ce chemin – si on peut parler de guérison – est d’assumer le manque, d’accepter qu’il y ait en nous un désir qui ne sera jamais comblé.
Il y a en nous un désir d’infini qui est fait pour l’infini. Et il faut cesser de demander l’infini aux êtres finis, cesser de demander à cet homme, à cette femme d’être tout, parce qu’ils ne sont pas tout. Être adulte c’est assumer le manque. Non pas chercher à le combler, mais savoir que si on le comble on risque d’être dans une illusion, et plus tard de souffrir d’amertume et de déception lorsqu’on découvrira l’illusion.

Les Thérapeutes veille sur les « pathologies ». Dans la tradition chrétienne, cela donne le mot «passion». On est dans une démarche où il s’agit d’observer les passions, les émotions, les impulsions qui nous habitent. Pas pour les détruire, pas pour les nier, mais d’abord pour les observer et pour s’en désidentifier. Il peut y avoir de la colère en nous, mais nous ne sommes pas cette colère. Il peut y avoir de la jalousie, mais nous ne sommes pas cette jalousie. Il s’agit d’observer les émotions, les pulsions, les passions qui nous animent et qui peuvent provenir d’événements du passé qui se projettent sur le présent, et être libre de ces émotions, de ces pulsions, de ces passions.
Les Thérapeutes appellent cela le «soin éthique». Prendre soin de son éthique, c’est prendre soin de sa liberté, prendre soin de ce qui, en nous, est libre des émotions et des passions – c’est-à-dire prendre soin de son Être. C’est prendre soin de la liberté qui est en nous, liberté à laquelle on ne croit d’ailleurs plus tellement, tellement on est conditionné par notre passé, nos mémoires, notre environnement, la société dans laquelle on est. C’est prendre soin de ce qui en nous est inconditionné. C’est à partir de cette liberté que la guérison va pouvoir opérer.

La thérapie est donc une voie de connaissance. Nous avons perdu la connaissance de la réalité parce que sur cette réalité nous projetons sans cesse notre mémoire, notre passé, et nous ne voyons pas les choses telles qu’elles sont. Le thérapeute a pour fonction d’aider la personne souffrante à retrouver la vision juste des choses, à voir clair. Lorsque nous sommes malades et malheureux nous ne voyons pas le sens de ce qui nous arrive. On peut souffrir, on peut avoir mal, mais si on peut donner du sens à cette souffrance, on souffre moins. A travers les expériences de la maladie, les expériences de la souffrance physique ou psychique, il peut y avoir un travail intérieur qui se fait, et cela doit être écouté et accueilli.

Jean Yves Leloup - Les Thérapeutes d'Alexandrie - Extraits d'un texte publié sur internet




mercredi 28 octobre 2009

Dans l'espace entre les pensées,
la sagesse non conceptuelle
brille continuellement.

Milarepa


samedi 24 octobre 2009

John Welwood - Notre manière d'être avec notre expérience



À ce point, tout ce qui est expérimenté dans la vie quotidienne à travers la perception sensorielle est une expérience nue, car elle est directe. Il n’y a pas de voile entre «nous» et «ça». Le Tantra n’apprend pas à réprimer ni à détruire une énergie mais à la transmuter ; en d'autres termes, à s'accorder avec la forme d'énergie ... Quand «nous» allons de pair avec l'énergie, l'expérience devient alors très créative ... Nous réalisons que nous n’avons plus à abandonner quoi que ce soit. Nous commençons à voir les qualités de sagesse, sous-jacentes à la situation de notre vie... Si nous sommes très impliqué dans une émotion comme la colère, alors, en ayant une vision soudaine, momentanée, d'ouverture ... Nous commençons à voir que nous n’avons pas à refouler notre énergie ... mais que nous pouvons transformer notre agressivité en énergie dynamique ... Si nous sentons réellement la qualité vivante, la texture des émotions telles qu'elles sont dans leur nudité, cette expérience contient alors la vérité ultime ... Nous découvrons que l'émotion en fait n’existe pas telle qu'elle apparaît mais qu'elle contient beaucoup de sagesse et d'espace ouvert ... Le processus de ... transmutation des émotions se met ensuite en place automatiquement.


Nous ressentons un bouleversement émotionnel tel qu'il est, mais ... devenons un avec lui... Soyons dans l'émotion, traversons la, abandonnons-nous à elle, faisons-en l'expérience. Nous commençons à aller vers l'émotion, au lieu de simplement ressentir l'émotion venir vers nous ... Les énergies les plus puissantes deviennent alors parfaitement utilisables ... Tout ce qui advient dans l'esprit est considéré comme le chemin ; tout est utilisable. C'est une proclamation intrépide … C’est le rugissement du lion.

Le piège spirituel subtil du travail psychologique est qu'il peut renforcer certaines tendances inhérentes à la personnalité conditionnée : se voir comme un actif, toujours rechercher le sens dans l'expérience ou faire continuellement des efforts pour «quelque chose de mieux». Bien que la réflexion psychologique puisse certainement aider les gens à progresser de manière importante, à un certain stade, même le plus petit désir de changement ou d'amélioration peut interférer avec la détente et le lâcher-prise plus profonds qui sont nécessaires pour passer du domaine de la personnalité à celui de l'être, que l'on ne peut découvrir que dans et à travers l'instantanéité présente - dans les moments où cessent toute conceptualisation et tout effort.

Quand nous laissons l'expérience être telle qu'elle est, au lieu de chercher à l'altérer d'une façon quelconque, le centre d'intérêt du travail intérieur se déplace de manière importante et forte. Notre expérience n'est plus quelque chose de séparé de nous, que nous avons besoin de transformer ou de résoudre ; au lieu de cela, le centre d'intérêt s'élargit au champ plus vaste : notre-manière-d'être-avec-notre-expérience. Et quand nous nous relions de façon plus spacieuse et ouverte à notre expérience, celle-ci devient moins problématique car nous ne vivons plus dans une tension je/elle, sujet/objet, vis-à-vis de cette expérience.

Bien que le but principal de la psychothérapie soit de réduire la détresse psychologique et d'accroître la compréhension de soi plutôt que de dépasser la conscience divisée, nous pouvons ressentir malgré tout un besoin de pratiquer une thérapie plus en accord avec la qualité de non-agir de la présence méditative. En étant inspiré en ce sens par des moments au cours desquels nous nous ouvrons à notre expérience simplement telle qu'elle est, nous amène à un sens de présence plus complet - une forme «d'être sans programme» conduisant à un puissant sentiment de calme, d'acceptation et de vie. De tels moments offrent un aperçu de ce qui demeure de l'autre côté de la conscience divisée : être un avec soi-même d'une façon nouvelle, plus profonde.

Il y a, bien sûr, un temps pour essayer activement de pénétrer les voiles de l'expérience, tout comme il y a un temps pour permettre à l'expérience d'être telle qu'elle est. Si nous sommes incapables ou peu enclins à nous occuper activement des problèmes de notre vie personnelle, laisser être peut alors devenir une attitude de dérobade et une impasse. Toutefois, si nous sommes incapables de laisser notre expérience être, ou de nous y ouvrir simplement telle qu'elle est, notre travail psychologique risque alors de renforcer la tendance habituelle de la personnalité conditionnée consistant à nous détourner de l'instant présent.


John Welwood - Psychologie de l'Eveil - Editions La Table Ronde



mardi 20 octobre 2009

Andrew Cohen - L'abandon, au delà de la stratégie


L'abandon nous conduit, au-delà de ce que nous pouvons comprendre, directement à ce que nous pouvons connaître, mais jamais comprendre. L'abandon passe par l'expérience. Au delà de la compréhension signifie au-delà du mental, au-delà de l'ego, au-delà de toute référence.

La reconnaissance, la réalisation et l'acceptation de cela qui est au-delà de la compréhension constitue l'abandon. L'abandon rend nul et non avenue toute stratégie que le mental peut vous suggérer pour nous mener au-delà de lui-même.

Aucune stratégie ne peut atteindre ce qui est au delà du mental, hormis celle de renoncer à toutes les stratégies quelles qu'elles soient. Voilà en quoi consiste l'abandon. Cela même qui est à jamais au-delà du mental et de l'ego représente toujours le défi ultime pour le mental et l'ego. Voilà pourquoi l'abandon est le défi ultime. C'est dans la perspective de ce défi que l'ensemble de ce qui se joue sur la scène de l'existence devient profond et fascinant.


Andrew Cohen



samedi 17 octobre 2009




Dans le pré en friche, des petites fleurs dont la blancheur de craie ferait paraître sale la neige la plus fraîche. Elles sont disséminées par groupe de dix ou douze dans les hautes herbes - des communiantes qui auraient échappé à l'église et au banquet, une école buissonnière céleste.
De retour dans le bureau, j'écoute "L'Art de la fugue" de Bach, au clavecin - le même air depuis des semaines.

Il suffit de toujours admirer la même chose, insignifiante comme une petite fleur de feu blanc ou vite évanouie comme une ritournelle de Bach au clavecin - et dans cette attention, par cette gracieuse monotonie : l'univers descend dans l'âme et s'y tient comme dans une boîte d'allumettes avec toutes ses étoiles, ses lunes et ses muettes innocences.

Christian Bobin


jeudi 15 octobre 2009

Denise Desjardins - Que peut le oui ?


Que peut le oui ? Rien, s'il est passivité, résignation, répression du non, accablement. Tout, s'il est processus dynamique, vision juste. Tenter
d'accueillir l'émotion, de rester quelque temps en sa compagnie ; la voir sans la nier, la reconnaître sans la juger, bien sûr, c'est lui dire oui. Bien sûr, c'est être « un » avec elle.

Au lieu de me diviser en la refusant, la refoulant, je l'accompagne. Unifié, je colle toujours au principe de non-dualité. Même si je suis perturbé, en acceptant de l’être, je retrouve mon unité et suis de nouveau en accord avec la vérité non-duelle. Je laisse «l'Enfer» du conflit et regagne mon «Paradis» de tranquillité. Mais - nuance - non d'indifférence qui est le résultat d'un refoulement déguisé en simili d'acceptation, un oui du bout des lèvres. Un refus masqué, en somme.

L'indifférence, ou une excessive politesse, camouflent l'émotion en la réprimant. Masques derrière lesquels nous nous figeons pour nous couper de l'émotionnel, sans le résoudre ni le transmuer. Si la non-dualité est un principe vrai, il se retrouve partout, également dans nos processus psychiques. C'est précisément pourquoi dès qu'apparaît, dans notre monde intérieur, la moindre division ou la plus mince hésitation, il en résulte une gêne obscure nous servant de signal : "Attention - Déviation". Nous ne sommes plus dans la vérité.!
Rétablir l'aise, renouer avec le «Paradis», c'est se sentir à nouveau unifié, même avec ses bourrasques intimes.

Ce qui nécessite quelque peu de vigilance. Emotion plus vigilance égale flot d'énergie plus vigilance. Résultat : éveil intérieur. Une équation forte parce que nourrie de vérité. Si j'y parviens ... Il n'est guère facile de vivre simultanément sur ces deux niveaux, d'assembler ces deux pôles contraires : trouble dynamique et lueur de lucidité ; ou tout au moins d'établir un pont intermittent, un va-et-vient entre les deux. Voilà une liberté intérieure dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle sort du troupeau de nos habitudes mentales.

Calme ou tendu, heureux ou perturbé, beaucoup de circonvolutions avant de parvenir, en toutes circonstances, à garder un point fixe - comme le derviche tourneur maintient en lui, même au plus fort du tourbillon un axe d'immobilité tranquille.


Denise Desjardins - La stratégie du Oui - Editions Pocket


jeudi 8 octobre 2009

Quelque part,
se tenir
précisément
tendrement
immobile...
Epousant
les courbes
de l'invisible infini fiancé.

Etre dansé par le Souffle,
Inspiré par le Vent.

Le fond de l'Etre est doux...


Jean Yves Leloup


mardi 6 octobre 2009


Qu'y a t'il a attendre de l'autre,
quand tout est déjà déposé en soi et ne demande qu'à fructifier ?
C'est parce que notre profondeur les appelle
que les rencontres se font.
Nous les disons providentielles
mais ce n'est que la loi de l'âme
que de permettre à la personne de grandir
à travers retrouvailles et éloignements.

Tout est absolument juste et à sa place.

Tout autant, l'autre est nécessaire à notre construction.
Nous ne pouvons bâtir notre singularité sans lui.
Notre originalité a besoin de lui pour s'épanouir.
Quel qu'il soit, il est notre miroir.
Il est le révélateur de ce que nous avons choisi de vivre
de ce que nous avons peur de vivre.
Il est le révélateur de ce à quoi nous aspirons,
de ce à quoi nous renonçons, nous nous résignons.
Il révèle Celui ou Celle que nous sommes.

La relation amoureuse est l'espace privilégié
dans lequel se dévoile notre nature sacrée.
La relation amoureuse danse et célèbre la vie ;
elle voit croitre tout, tout le Meilleur de Nous.



Inspiré d'un texte lu sur internet


samedi 3 octobre 2009



Diamant par mmarsupilami

Karlfried Graf Durckheim - L'expérience au delà du concept ...


Sur le plan de l'expérience, le mot essentiel indique quelque chose qui nous touche dans une profondeur. Peut-être même pourrait-on dire que cette qualité touche un autre nous-mêmes, dans le sens où, dans cette expérience, nous ne sommes plus le même, nous sommes autre.

Il nous faut aussi parler de nous-mêmes en tant qu'Etre essentiel. On pourrait dire qu'existe l'homme en tant qu'être conditionné par les conditions de son existence et les circonstances. Et existe l'homme en tant qu'être non conditionné. Et c'est là qu'il manifeste l'Être, avec un grand E, qui cherche à se réaliser dans l'homme à travers ce que j'appelle son Être essentiel.

Il faut bien parler d'un Etre essentiel en nous-mêmes, ce n'est pas l'essence. C'est un toi, c'est quelque chose qui nous appelle, qui nous touche et vis-à-vis duquel on sent une responsabilité. C'est dans la mesure où nous pourrons nous ouvrir à l'Être essentiel présent en nous-mêmes que nous pourrons goûter dans tout ce qui nous entoure cette autre dimension qui dépasse ce que nous entendons par réalité existentielle

Le mot essentiel représente pour moi autre chose que l'essence de toutes choses. L'essence c'est un terme philosophique. Le mot essentiel, pour moi, indique une expérience.

La philosophie occidentale a depuis toujours fait de son mieux pour transformer les expériences de l'homme en concepts. Jusqu'à Descartes pour lequel à la fin le mot réel, ou réalité, peut être donné à ce qui entre dans un ordre de concepts bien définis. Ce qui n'entre pas dans cet ordre n'a pas de réalité. Nous devons aujourd'hui reconnaître qu'il y a des expériences pour lesquelles on n'a pas de concept. Et les concepts les plus clairs sont les plus éloignés des expériences les plus profondes. Ainsi le mot Etre, qui est pour ainsi dire le sommet de la pyramide des concepts, est le concept le plus abstrait au monde. Mais si la pyramide a sa pointe dirigée vers le bas, le mot Etre indique la chose la plus concrète en tant qu’expérience.

Et voilà la différence entre la philosophie occidentale et la sagesse orientale. La sagesse orientale se sert des mots pour indiquer des expériences qu'on ne peut pas définir. Tandis que tout l'effort des philosophes occidentaux était de bien établir un ordre de concepts qui explique et fixe des expériences. Mais, ce faisant on enlève à celles-ci leur force créatrice qui conduit à la transformation de l'homme.

Il faut dire que vis-à-vis de l'essentiel il est des gens qui sont sourds et aveugles malgré toute leur intelligence. Un être intelligent n'est pas nécessairement spirituel. Et il est des gens d'une grande simplicité intellectuelle qui ont le goût pour la qualité numineuse de l'essentiel. Ce sont ces derniers qui peuvent se rendre compte que l'expérience qu'ils ont vécue représente une chance pour leur existence. Ils peuvent alors cultiver le champ de leur existence pour y retrouver l'essentiel qui s'est manifesté à eux le temps d'une expérience. Ce travail commence avec le développement de l'organe du goût de l'essentiel, le corps que nous sommes.

Karlfried Graf Durckheim - Le centre de l'Etre - Editions Albin Michel


lundi 28 septembre 2009

Karlfried Graf Durckheim - Faire l'expérience libératrice de l'Etre



Pour ce qui est des grandes expériences je pars, une fois encore, des trois grandes détresses de la vie humaine, la peur de la mort, le désespoir vis-à-vis de l'absurde et la tristesse dans l'isolement.

L'homme confronté à ces situations limites se sent détruit, au bord de l'annihilation. Et c'est là, où l'homme en tant que moi existentiel ne peut plus accepter ce qu'il vit, qu'il a encore la chance de faire l'expérience libératrice de toute angoisse, l'expérience libératrice du désespoir et l'expérience libératrice de la tristesse! C'est là que l'homme, qui est bien plus que son moi existentiel, fait l'expérience de l'Être transcendant et immanent.

Comment arrive-t-il à cette expérience ? Paradoxalement, c’est en acceptant ce qu’en tant que moi existentiel il ne peut pas accepter. C'est en acceptant la mort, en acceptant l'absurde et en acceptant l'isolement qu'il peut faire l'expérience de ce qui est au-delà de son horizon existentiel.
Il fait au moment même l’expérience d’une force dans la faiblesse, d’un sens dans le non sens et d’un amour dans l’isolement.

Je n'invente rien, j'écoute avec étonnement des hommes et des femmes qui me parlent de leur expérience, laquelle ne peut être comprise que comme la manifestation d'une réalité transcendante. Cette réalité transcendante n'est plus ici le contenu d'une croyance mais le contenu d'une expérience.


Karlfried Graf Durckheim - Le Centre de l'Etre - Editions Albin Michel


samedi 26 septembre 2009


".... Il mourut avant elle et c'est sans importance ;
l'amour ayant dès sa venue,
dès son premier frémissement,
aboli les vieux décrets du temps,
supprimé ces distinctions de l'avant et de l'après ;
ayant seulement maintenu l'aujourd'hui éternel des vivants,
l'aujourd'hui amoureux de l'amour."


Christian Bobin


mardi 22 septembre 2009

Arnaud Desjardins - Notre état naturel heureux



« Qu'est-ce que je veux ? C'est être heureux. (…) Est-ce qu'il n'y a pas à regarder plus profondément ? Et là, vous ferez une découverte : c'est qu'en fait, votre état fondamental – que vous connaissez encore bien peu - est complètement heureux par lui-même. (…)
Vous avez l'impression que ce que vous cherchez, le bonheur, est dans les objets, les accomplissements, quels qu’ils soient. Quand je dis les objets, ce n'est pas seulement un autre humain dans la relation amou­reuse ou sexuelle, ni une voiture ou un manteau de fourrure. Ce qui se passe, c'est qu'au moment où un désir est accompli, une certaine tension lâche et vous mène à votre état naturel heureux. Et ça, peu à peu, vous le découvrez : c'est une illusion de croire que le bonheur auquel vous aspirez est dans les objets. Il est en vous-même. Le désir vous met en exile et, au moment où ce désir est accompli, vous êtes en contact avec cette plénitude intime, la vraie joie de vivre.

Votre vraie nature essentielle n'est pas du tout frustrée : elle est plénitude, complètement heureuse. Mais les désirs vous font croire que vous en êtes coupé. L'accomplissement du désir vous remet en contact pendant un instant avec cet état heureux natu­rel par ce qu’il y a une détente - et puis apparaît de nouveau un désir ou une crainte qui vous donne l’impression d’un manque. »

Arnaud Desjardins - Retour à l'essentiel - Editions Poche


vendredi 18 septembre 2009


the path par ~ Teresa

Rien n'est éloigné de nos songes,
rien n'est trop fort à nos désirs,
rien ne peut faire que l'on renonce
à ce qu'il y a d'absolu sous nos pas.


André Velter



mardi 15 septembre 2009

Jean Marc Mantel - Plaisir et joie : une dépendance ?



Pourquoi un état devient-il attachant ? Parce qu'il est assimilé à une expérience de plaisir.
Le plaisir est une sensation particulière. On pourrait la nommer vibration, tant elle transporte les sens dans un royaume qui lui est propre. Selon le lieu où cette vibration est ressentie, l'objet de plaisir se transforme.
Examinons sa relation à la joie. Ils diffèrent tous deux tout d'abord quant à la durée. Le plaisir, même prolongé, est limité dans le temps. La joie peut durer… toute l'éternité. Le plaisir est limité dans sa localisation. La joie ne peut être localisée. Le plaisir requiert un "objet" pour s'éveiller. La joie ne requiert que la joie pour se révéler.
Le plaisir peut être donc vu comme une fenêtre ouverte vers la joie, prémisse d'une permanence qui se cherche. Qui n'a donc pas désiré que le plaisir ne cesse jamais ? Or, aussitôt né, il cherche déjà à s'en aller, nous laissant à nouveau tout seul, dans une solitude abhorrée.
L'attachement au plaisir, qui est au cœur de la dépendance, ne serait-il qu'un attachement à la joie, ainsi déguisée ? Le plaisir viendrait-il éveiller nos sens pour nous révéler la joie par lui masquée ?

On voit ainsi que transparaît, derrière l'expérience de la dépendance, une expérience plus fondamentale, celle de l'être. La division entre un sujet dépendant et un objet de dépendance peut-elle être abolie ? N'est-ce pas le propre de l'amour que de faire fusionner le sujet amoureux et son objet d'amour ? Je deviens ce que je désire. Je deviens donc ce plaisir que je désire. Je me perds en l'objet de mon propre désir. Je suis ce que je désire. Divine ivresse dans laquelle se perd le "je".

D'où peut-on contempler la division si ce n'est de l'indivision ? Si nous n'étions pas un, comment pourrions-nous connaître le deux ? La quête de l'un ne passe-t-elle pas par la vision du deux ?
Nous voici donc au point-même où nous nous trouvons, là où nous sommes dans cet instant. Ici-même, sans distance, un !
De l'objet de dépendance au sujet dépendant, il n'y aurait donc aucune distance. "Je" est le pont entre le sujet et l'objet. "Je" est ce vers quoi tendent à la fois l'objet et le sujet. "Je" est un, malgré ses apparences multiples. "Je" est ce que je désire, bien que les objets apparents du désir soient infinis.

Explorer la dépendance signifie donc s'explorer soi-même. Explorer le moi, dans toutes ses facettes, et se retourner vers le connaisseur du moi, celui qui se sait sans pouvoir se nommer.
Laissons donc au sans-nom la primeur de cette enquête, qui nous a conduits depuis les affres du plaisir jusqu'au contentement de la joie. C'est ainsi la joie qui se cherche derrière tous les désirs et plaisirs. Rendons hommage à l'objet suprême de la dépendance, la joie qui ne se laisse jamais saisir, mais qui peut nous saisir, qui se reflète dans les miroirs du corps et de l'esprit sans pour autant leur appartenir, qui n'a de cesse tant qu'elle ne nous a pas complètement absorbés, qui est quand je ne suis pas. Elle se réjouit de mon absence, et s'épanouit dans ma présence. Hommage à elle, source de toute dépendance et libre de toute dépendance.


Jean Marc Mantel - Le plaisir et la joie, hymne à l'impérissable (texte écrit à l'attention d'un ouvrage collectif)