dimanche 28 mars 2010

John Welwood - Les émotions : le sang versé par l'ego



L’ego étant la tendance à nous cramponner à nous-mêmes et à contrôler notre expérience, sentir nos émotions directement et laisser couler librement leur énergie est donc une menace pour toute sa structure de contrôle. Quand nous nous ouvrons à la texture et à la qualité réelles d'un ressenti, au lieu d’essayer de le contrôler ou de le juger, «Je» (l'activité qui tente de maintenir notre cohésion) commence à se dissoudre dans « cela» (la vitalité plus vaste, présente dans le ressenti).

Si je m’ouvre totalement à mon chagrin, il est possible qu'il s’intensifie pendant quelque temps et je risque d'en ressentir toute la peine. Pourtant, le fait de m'ouvrir sans histoire à cette douleur me donne également le sentiment d'être plus vivant.
A mesure que je me tourne vers mes démons, ils se révèlent être la véritable énergie de vie qui est la mienne.

Les émotions sont, pour ainsi dire, le sang versé par l'ego ; elles commencent à couler à chaque fois que nous sommes touchés, à chaque fois que la carapace de défense autour du cœur est percée. Essayer de les contrôler est une tentative pour empêcher cette carapace de se briser. D'un autre côté, laisser saigner l'ego ouvre le cœur.
Nous nous redécouvrons alors comme des êtres vivants exposés au monde, interconnectés avec tous les autres êtres. Abandonner les jugements et les scénarios et sentir cette qualité nue d'être en vie nous éveille et nourrit notre compassion vis-à-vis de nous-mêmes et des autres.

Faire face au tumulte des émotions revient à pénétrer l'œil d'un cyclone. Les vents environnants peuvent être turbulents mais, à terme, nous parvenons à une ouverture dégagée au milieu de la tempête.
Tarthang Toulkou en rend compte ainsi :
"Quand vous êtes contrarié émotionnellement, restez à l'intérieur de l'émotion ... sans la saisir ni vous y cramponner ... De la même manière, quand l'anxiété ou tout autre sentiment perturbateur apparaît, concentrez-vous sur le sentiment, non sur les pensées à son sujet. Concentrez-vous sur le centre du sentiment ; pénétrez cet espace ... Si nous allons directement au centre de l'émotion, il n'y a rien!... Dans ce centre, il y a une densité d'énergie qui est claire et distincte. Cette énergie a un grand pouvoir et elle peut transmettre une grande clarté ... Nous pouvons transmuter cet esprit samsarique parce que l'esprit lui-même est vacuité - ouverture totale, honnêteté totale vis-à-vis de toutes les situations ... vision directe, totalement libre de tout obscurcissement, réceptivité complète".

Pénétrer les émotions de cette manière peut être une manœuvre délicate au début. Il est possible que nous ayons un bref aperçu de l'espace qui est en elles mais que nous retombions ensuite rapidement dans des scénarios épouvantables. La pratique de la méditation aide à développer l'attention soutenue ici requise pour apprendre à ne plus être «l'otage» de nos pensées. Quand nous pénétrons une émotion ainsi, de façon dépouillée, elle ne peut persister longtemps parce qu'elle n'a en réalité aucune existence indépendante ni solide, en dehors de nos concepts et de nos réactions.

John Welwood - Pour une Psychologie de l'Eveil - Editions La Table Ronde




lundi 22 mars 2010

Denis Marquet - Besoin d’amour ?


Nous manquons d’amour. Quand nous explorons notre histoire, nous pouvons découvrir les causes de ce manque dans l’insuffisance à aimer des êtres qui se sont occupés de nous enfant.

Nous n’avons pas assez reçu, pas assez de soins, de toucher juste, de parole aimante, d’accueil et d’attention... Mais le point de vue psy (psychanalyse, psychothérapie, psychologie) ne va pas au fond du problème. Car si l’on y regarde de plus près, qui ne manque pas d’amour ? Même ayant eu les parents les plus attentifs, même avec les meilleurs amis du monde et le conjoint le plus amoureux, notre besoin d’amour peut-il être comblé ? On peut se le faire croire : il suffit de déplacer le manque sur autre chose (je n’ai pas assez d’argent, de considération, de pouvoir...) ou de s’anesthésier suffisamment pour ne plus éprouver la morsure de l’insatisfaction (par le travail, le divertissement, la rêverie, la consommation, etc.).

On peut aussi le faire croire aux autres en jouant la comédie valorisante de l’autosuffisance. Mais en toute honnêteté, qui peut se dire étranger à la carence affective ? L’être humain est l’animal qui manque d’amour.

Quelle peut être la raison de cet étrange phénomène ? Risquons une hypothèse : c’est que notre besoin d’amour est infini. Ce qui signifie que seul peut nous combler un amour infini. Voilà pourquoi nous sommes perpétuellement insatisfaits : car personne au monde ne peut nous gratifier d’un tel amour. Nous le mendions autour de nous, projetant sur autrui notre impossible aspiration et lui en voulant de ne pas nous apporter la plénitude. Mais soyons réaliste : ni père ni mère, ni amant ni amante, ni enfant ni ami ne combleront jamais notre aspiration à être aimé.

Faut-il pour autant désespérer ? Non ! Car si nous sommes travaillé par la nostalgie d’un amour infini, c’est que nous le portons en nous. Au plus intime de nous-même réside cet amour sans limite. Si nous cessons de le chercher où il n’est pas, dans ce monde extérieur où nous ne savons que projeter nos manques, alors nous le découvrirons. Non pas en espérant le recevoir de nous-même comme auparavant nous l’attendions des autres, mais en le prodiguant. Car l’amour est don. On ne l’éprouve donc qu’en le donnant.

La méthode en est simple : offrir ce que je souhaite recevoir. Je désire un geste de tendresse ? Je donne un geste de tendresse. Je veux que l’on m’écoute ? Je donne de l’écoute. J’ai besoin d’amour ? Je donne de l’amour. Alors, l’amour me traverse et je suis comblé. Car, au plus intime de moi, j’en ai découvert la source infinie. Mère Térésa, qui donnait sans cesse, ne manquait pas d’amour.

Car manquer d’amour, c’est manquer d’aimer. Comme le dit encore Tariq Demens : « On ne manque jamais que de ne pas donner ce dont on croit manquer».


Denis Marquet- Ecrivain et Philosophe- Chronique du magazine Nouvelles Clefs





samedi 13 mars 2010

Elie Humbert - « Etre quelqu'un » ?


Cette façon d'exister aux yeux des autres, d'être quelqu'un, c'est là où ça nous travaille, d'être nous-même… Et vous voyez que d'être nous-même, c'est-à-dire de satisfaire à ces demandes tout à fait profondes en nous, ça nous trahit complètement parce que ça va nous situer en fonction des valeurs ambiantes, en fonction du désir des autres, en fonction du regard des autres.

Pour pouvoir répondre à cette demande tout à fait originaire que j'ai d'avoir ma petite existence, pour répondre à cet appel qui est fondamental, qui est une tâche biologique, je vais me vendre à n'importe quel prix, à n'importe qui, n'importe comment, en fonction de l'intérêt qu'il va y avoir pour moi.

Dans l'espèce de cocon que l'on forme avec soi-même, on retrouve les deux développements de l'imaginaire. D'une part on y retrouve cet « être quelqu'un » (en terme analytique jungien, « persona »), c'est-à-dire finalement « être un masque», qui permet de communiquer, mais dont on ne sait pas trop ce qu'il y a derrière ; qui trompe en même temps et qui nous met dans la dépendance de qui veut bien le reconnaître, l'apprécier, l'estimer, l'évaluer, y réagir.

D'autre part, derrière ça, en dessous et non plus en fonction de l'entourage, mais plus profondément en nous, on trouve ce goût que nous donnent les représentations, que nous donnent les images, c'est-à-dire le goût que nous trouvons à l'image de nous-même et aussi à ce que peuvent être nos conceptions, nos idées, notre attitude devant la vie ...

C'est cela qui va se développer beaucoup plus fort jusqu'à ce qu'on s'aperçoive qu'effectivement nous utilisons nos conceptions de la vie comme des mères de remplacement. Nos conceptions de la vie vont servir à nous porter et c'est pourquoi ça devient quelquefois si rigide, parce qu'on en a absolument besoin. Qu'est-ce que je serais si je ne savais rien? Je serais vraiment dans un grand noir. Alors, il y a tout un système de valeurs, tout un système de représentations qui se construit en fonction du plaisir que ça me donne.

Peut-être pas seulement, mais ça se raccorde à moi et mes choix se raccordent à moi en fonction de ça. Il ne faut pas oublier - c'est une des grandes découvertes de la psychanalyse et du développement de la connaissance de l'être humain aujourd'hui - qu'une idée est avant tout un plaisir.
Une idée, nous l'acceptons ou nous la refusons en fonction de la satisfaction qu'elle
nous donne et, quand je dis satisfaction, ça peut être une satisfaction pénible, il y a toute la gamme. Ce qui ne veut pas dire que les idées soient nécessairement fausses ou qu'elles soient nécessairement illusoires, mais nous sommes avec elles en fonction de la satisfaction.


Elie Humbert - La dimension d'aimer - Editions cahiers Jungiens de la Psychanalyse



lundi 8 mars 2010

Valérie Rouzeau - Si J'avais les jours à compter...



Si J'avais les jours à compter je marquerais soir après
soir mes petites croix de récompense
Je tiendrais des mois des saisons mon calendrier de
forçat mon agenda de pénélope
Ca me ferait ni chaud ni froid juillet janvier en
solitaire je traverserais les années
Si grand d'amour était en vue ou à revenir quel beau jour
je l'appellerais mon cher Ulysse et puis je choisirais
la danse plutôt que la tapisserie
Je bouserais les mauvais génies en faisant
jazzer mon
seul cœur
Je mettrais le chagrin en boîte avec un jeu de mots facile
Je trangerais l'éternité pour en découdre avec les nuits
tchatchatchatcherais jusqu'au matin dans une autre
histoire aussi vrai si j'avais de quoi de l'espoir

Valérie Rouzeau - Poétesse contemporaine

Extrait de : "Va où" - Editions Le Temps qu’il fait



jeudi 4 mars 2010


courting par andrew sea james



Elie Humbert - La perception de la singularité de la rencontre



.... Je vous disais tout à l'heure cette sorte de déception qui se produit quand on constate que l'autre n'est pas l'être extraordinaire qu'on avait supposé, dont on avait besoin. Mais, à ce moment-là, qu'est-ce qui commence à apparaître? L'autre commence à apparaître dans sa singularité, dans ses limites.

Si je peux accepter ma déception et si je peux vivre en rapport avec l'autre tel qu'il est dans ses limites, ce sont mes propres limites à moi qui vont venir, c'est ma propre singularité qui va venir, c'est la perception de la singularité de la rencontre.

Pourquoi ai-je eu tel partenaire? Pourquoi ai-je eu tel maître? Pourquoi ai-je cheminé avec tel analyste? C'est injustifiable, mais ça est.
Et l'on observe que c'est dans ces limites, dans la singularité de chacun et dans la perception de la singularité de l'autre, qu'en quelque sorte viennent, se tiennent et se vivent les ouvertures, les disponibilités aux énergies cosmiques, au savoir cosmique. Ça passe dans la relation et dans la relation interhumaine et ça passe dans la singularité de soi-même et la singularité de l'autre. Ceci me paraît être ce que l'être humain est en train de tenter à l'intérieur de la démarche analytique...

Elie Humbert - La dimension d'aimer - Editions Les cahiers jungiens de psychanalyse




mercredi 3 mars 2010

Au-delà de la singularité, l'universel...



L’amour est cette étonnante lentille qui relie entre eux les mondes singulier et universel. Il est nécessaire que la personne qu’on aime ait des caractéristiques individuelles particulières, et non pas générales, et c'est alors qu’elle éveillera en nous cette flamme qui nous transportera au-delà de la singularité, dans l'universel.

Vouloir gommer les différences individuelles pour englober tout le monde dans un amour neutre ne conduit pas à l’universalité, mais à une fade généralisation. L’universel n’est pas le dénominateur commun des êtres, mais cette part d’éternité qui gît en chaque être singulier, et qu’on ne découvre que si on l’accepte dans ce qu’il a de plus singulier.
Accepter ce qui est là, dans une présence inconditionnelle à l’instant, accepter chaque être et chaque chose, dans sa totale singularité, est le seul chemin qui nous permette de transcender notre propre singularité pour y découvrir notre universalité.

Soi et l’autre ne sont pas des objets parmi d'autres dans la création: ils sont chacun des puits insondables, et tant qu’il ne font que se toucher, chacun restant dans son propre quant-à-soi, ils ne sont que des surfaces, ignorant totalement leur propre profondeur.
Seul l’amour les révèle à eux-mêmes en leur dévoilant l’intimité qu’ils partagent avec l’autre au plus profond d’eux-mêmes. Ils ne touchent chacun leur propre fond, qui s’avère être en fait le fond commun à tous, qu’en y plongeant sans réserve grâce à la confiance totale et à l'abandon de soi que permet l’amour.
Accueillir l’autre, c’est se décoller d’un soi préfabriqué qui nous bouche l’horizon de notre propre être, et c’est donc aussi bien découvrir l'autre que sa vraie nature.

L'amour, c'est l' ouverture à l'autre. Appliqué à soi-même, il ne pourrait s'agir que d'essayer d'aimer quelque chose en soi qu'on ressent comme “autre”, quelque chose donc qu'on n'accepte pas, autrement dit les parties “mal-aimées”. Cela, il faut le faire absolument, sans quoi on butera toujours sur ces poches d'attachement à soi non dissoutes. Tant qu'on ne les accepte pas, on y reste accroché, car le désir qu'on a d'être autre est paradoxalement attachement à soi: on s'attache à une image idéalisée de soi, et cela, c'est du narcissisme.

Il est nécessaire de s'accepter pour pouvoir aimer. Tant qu'on ne s'accepte pas, on reste attaché à une image de soi à laquelle on tient, une image autre que ce qui est — autrement dit l'ego. Dès lors par contre qu'on s'accepte, qu'on accepte ce qui est, on peut se donner dans l’amour, et ce qu'on donne alors, c'est du vrai.
L’amour est don de soi, il est désappropriation, ce qui ne veut pas dire pour pourtant perte, car ce n’est au contraire qu’en se donnant qu’on se débarrasse de ce qui nous retient en nous-mêmes, et qu’on débouche sur notre nature éternelle.


Extrait d'un texte trouvé sur Internet


samedi 27 février 2010

Elie G. Humbert - Ici et maintenant est une blessure



…. Il y a un autre type d'expériences qui est dans la relation à l'autre.
Vous voyez, quand on se situe dans cet ici et maintenant, si vous laissez aller votre émotion, si vous laissez aller votre sentiment, si vous laissez aller vos affects, qu'est-ce que vous allez trouver ?

Si vous suivez la ligne de votre douleur, vous avez l'impression que cette douleur vous vient parce que vous n'avez pas réussi ceci ou cela, parce que vous n'avez pas été compris ou comprise par telle ou telle personne, parce que vous n'avez pas trouvé la réponse, parce que vous n'avez pas trouvé l'être aimé.

Mais au-delà, quand on suit jusqu'au bout la ligne de sa douleur, on est très surpris de se retrouver bébé, bébé qu'on a laissé tout seul dans une pièce, un soir, bébé qui a été comme laissé de côté. Et c'est tellement étonnant, justement en partant de cet ici et maintenant qui se fait mal, en suivant nos souffrances et en ne se laissant pas arrêter par les paravents auxquels elles s'accrochent, qui sont notre entourage, en apparence, qui sont actuels, de découvrir que notre douleur va à cet état d'abandon.

Vous savez qu'on a parlé du traumatisme de la naissance - ça a été très discuté, je ne sais pas s'il y a un traumatisme de la naissance à proprement parler, enfin il y aurait beaucoup à dire là-dessus - mais ce n'est pas ça. La douleur qu'on retrouve c'est celle d'être seul, dans l'état d'abandon.

Et par rapport à ça, toujours en suivant la ligne des affects qui nous animent, suivez maintenant la ligne de votre désir. Qu'est-ce qu'on désire? Qu'est-ce que c'est ce désir? C'est celui qu'il y ait quelqu'un d'autre pour nous. C'est celui d'atteindre une espèce d'harmonie et que ce quelqu'un soit un autre être ou que ce soit Dieu ou que ce soit le monde. Ce désir c'est un désir d'union, de fusion, de totalité et pas seulement de totalité isolée. C'est un désir de totalité dans une harmonie, dans une correspondance. C'est ça qu'on désire. Quand on suit la ligne de notre désir et quand on l'écoute, qu'est-ce qu'on retrouve? On retrouve notre mère et on n'y échappe pas. Et ne croyez pas que ce soit un préjugé de psychanalyste.

Suivez maintenant la ligne de votre demande. Qu'est-ce qu'on demande? On demande d'être aimé? Ce n'est pas vrai. On demande d'être préféré. Encore tout récemment, j'entends une amie qui dit à son mari: « Mais, enfin, est-ce que ce n'est pas la chose la plus légitime du monde? La seule chose que je te demande c'est que tu me dises que tu m'as choisie. » Mais c'est atroce. Oui, c'est atroce. Pourquoi? (C'est tellement naturel, hein?) C'est atroce parce que vous demandez à un compagnon ou à une compagne d'être au service de votre blessure narcissique et il ou elle n'a vraiment pas été fait pour ça. Mais, encore ça, ça serait seulement une erreur. Mais pourquoi atroce? Parce que tant que vous lui demandez ça vous ne le ou la rencontrerez pas. Ce qui est atroce, c'est qu'il y a un leurre, il y a le leurre le plus naturel du monde.

Et, quand cette femme disait ça à son mari, je vous assure qu'elle était profondément dans ce qu'elle disait, profondément sincère et que ça lui paraissait profondément essentiel. Et elle se trompait et elle était trompée par sa demande parce que, tant qu'elle demandera à son mari de la choisir et de lui dire « je te préfère », son mari n'existera pas pour elle. Il sera seulement la mère qu'elle n'a pas eue et qu'elle ne pouvait pas avoir parce que la mère non plus n'avait pas à retenir l'enfant en le choisissant, en le préférant et que la mère devait bien l'abandonner, qu'elle devait bien le laisser partir et le laisser partir avec sa blessure.

Et ça signifie que cet ici et maintenant est une blessure.

C'est une des pratiques, une des voies par lesquelles on se retrouve: regardez où vous souffrez, regardez où est cette blessure, sentez-la et vous serez ici. Ça n'ira plus courir vers quelqu'un d'autre. Ça n'ira plus attendre. Ça n'ira plus demander cet autre, autre qui va s'occuper de moi, autre qui va me répondre, autre qui va venir, autre qui va me rencontrer. Cet autre-là, non. Non, non. Là, dans cette espèce de blessure. ...


Elie G. Humbert - La dimension d’aimer - Editions Cahiers Jungiens de Psychanalyse



dimanche 21 février 2010

souffle... par lullaby... / figer l'instant....

Jack Kornfield - Etre un processus tissé dans la trame de la vie


Selon Boudha, la vie humaine se compose d'une série de processus perpétuellement changeants : un processus physique, un processus psychique, un processus de mémoire et de reconnaissance, un processus de pensée et de réaction, un processus de conscience.

Ils sont dynamiques et ininterrompus, et nous n'y trouverons pas un seul élément que l'on pourrait désigner comme notre moi immuable. Nous sommes, nous-même, un processus tissé dans la trame de la vie, sans séparation.


Jack Kornfield


samedi 20 février 2010



La vie est un vaste mystère avec des possibilités incroyables.
Nous faisons tous ce « voyage de la vie» ensemble :
en ce sens-là, nous nous ressemblons tous.


Toutes les personnes du monde ont de la valeur (cette valeur est intrinsèque),
et elles sont acceptables telles qu'elles sont.

Chacun fait le meilleur choix selon sa perception du moment.
Personne n'aurait pu réagir différemment
de ce qu'elles ont fait aux situations du passé.


Néanmoins chacun est totalement libre
de choisir comment réagir à tout moment.


Nous limitons nos choix possibles
parce que nous sommes (ou une partie de nous même est) « en sommeil. »

Quand nous intégrons que nous avons de la valeur
et que nous sommes acceptables tels que nous sommes,
nous sommes capables de percevoir d'autres choix,
et de choisir ce qui est bon pour nous :
nous devennons ainsi libres d'évoluer dans n'importe quelle direction.



Extrait d'un texte lu sur Internet



samedi 6 février 2010

Yvan Amar - Non pas aider ... servir


Dans la relation d'accompagnement :
... Il n'est pas question d'aider l'autre! C'est peut-être la notion d'aide qui est à revoir. Aider ... La première fois que j'ai utilisé ce mot avec Chandra Swami - j'avais dix neuf ans -, il m'a dit : «Pas aider, servir». C'est très différent. Servir, c'est reconnaître que l'autre est en train de grandir là où il est, et c'est le servir là où il se trouve. Et c'est nous obliger, nous, à une écoute de ce dont il a besoin, là où il est maintenant, sans jamais lui imposer ce que nous avons reconnu pour nous-mêmes. Ce qui est une preuve de générosité, de tolérance, sinon d'amour, c'est de ne pas imposer à l'autre ce qui n'est pas encore sa reconnaissance à lui.

Dans la relation de couple :
... D'autant plus que c'est un partenaire que nous avons choisi, et ce n'est pas par hasard : nous avons quelque chose à vivre avec lui, en général. Il faut lui donner le temps, l'accompagner, et vraiment voir s'il y a là justement le témoignage de ce que nous, nous appelons de l'amour, et en tout cas assumer cette relation, même si ça n'a été que par intérêt émotionnel. Car, au-delà de cet intérêt émotionnel, cet être va nous apprendre, si nous l'y autorisons, énormément de choses sur nous. Je le dis toujours : on épouse sa faille, on épouse son travail.
On met du temps à le reconnaître, certains changent plusieurs fois de partenaire avant de le reconnaître, mais c'est toujours la même faille qu'on épouse !

Yvan Amar - La pensée comme voie d'éveil - Editions Le Relié Poche


mardi 2 février 2010

Deux amants
une seule ombre

Les soirs de pleine lune par flow.
Quand l'arbre
se met du parfum
la lune est pleine


mardi 26 janvier 2010

Jean Marc Mantel - L'amour est présence


L'amour est présence. Le pouvoir de l'amour est d'être libre du besoin. Vouloir aimer appartient à la personne ; l'amour est sans vouloir. Vouloir être aimé appartient aussi à la personne. L'amour a t'-l besoin d'amour ? Lorsqu'un être est aimé, il est accepté tel qu'il est. Lorsque le monde est aimé, il est accepté tel qu'il est.

L'amour qui se réfléchit dans le mental individuel devient individualisme, égocentrisme. Lorsqu'il se réfléchit dans le mental universel, il devient universalisme, altruisme. Lorsqu'il se libère de toute réflexion, il est amour pur, unique réalité.

Fondamentalement, être est amour. Les colères, chagrins et peurs disparaissent dans la plénitude de l'être. Ils ne sont que réactions liées à l'oubli de la nature de l'être.
La haine est un oubli de la nature ultime de l'être, qui est amour. L'oubli d'une chose n'est pas l'opposé à cette chose. L'oubli de la lumière solaire du fait des nuages ne remet pas en cause sa réalité.
La détente est l'état naturel du corps. C'est la peur qui le maintient sous tension. La peur trouve sa source dans le mental. Elle naît en même temps que la pensée "moi" et disparaît avec elle.
L'amour ne connaît pas la peur car il ne connaît pas la séparation. Lorsqu'il y a amour il n'y a plus de peur. C'est à la fois extraordinaire et important ; le pouvoir de l'amour serait de faire disparaître la peur. Notre cœur sourit à la vie, et tout est simple, léger, doux. L'amour c'est aussi cette liberté.

L'amour est intelligence. Il est le connaisseur du mental, et, en cela, le transcende. La pensée n'en est que son reflet, mais le reflet n'est qu'une pâle imitation de ce qu'il reflète. La voie du cœur est ainsi suprême intelligence.

L'amour est indifférencié dans sa nature, différencié dans son expression. Sa nature est une, son expression multiple.
Déguisé, sous des apparences multiples, il ne perd jamais le fil de ce qui est, étant lui même le fil et la main qui l'a tissé.


Jean Marc Mantel - Le pouvoir de l'Amour - Extrait de l'article publié aux Editions Recto-Verseau


lundi 25 janvier 2010

Yvan Amar - Notre corps... premier de tous les temples



Un temple est construit pour amener celui qui y pénètre à l'habiter d'emblée avec une conscience recueillie, attentive, imprégnée du sens du sacré. Toute conscience alliant ces qualités génère naturellement un temple en sa présence, un lieu où une telle conscience s'installe en sacralité, sanctifié par cette qualité de conscience à ce qui est. Approcher son corps avec une écoute attentive et une qualité de conscience recueillie, le sacralise et en fait le premier de tous les temples.

Le temple a été fait pour l'homme, pas l'homme pour le temple. En retrouvant le temple du corps, nous retrouvons l'univers tout entier, la liberté et la responsabilité d'origine. Lorsque nous approchons ensemble, respectueusement, consciemment, l'énigme et le miracle du corps, nous le faisons habités de cette intention, de cette mémoire ancienne qui nous pousse à retrouver notre dimension véritable, à nous réinsérer harmonieusement, justement et activement dans le grand processus vivant. Cela se passe sur le parvis du temple, quand nous passons du profane au sacré. De la même façon, sur le parvis de votre corps, entrez dans le sacré en entrant dans la conscience du temple qu'il est.


Yvan Amar - La conscience corporelle - Les Editions du Relié


samedi 23 janvier 2010

My first jump under the sunset par ShuYun08


Chaque soir, au bord de la mer,
elle contemplait le soleil d'or fondu dans le néant des eaux.
Accompagnant de sa pensée le dieu mourant,
elle recevait en retour une leçon de courage
- ne rien retenir près de soi,
simplement saluer ce qui s'en va
après nous avoir frôlés de son amour.


vendredi 22 janvier 2010

Jon Kabat Zinn - Pratique de la conscience éveillée


La pleine conscience, c’est la contemplation du moment présent dans un esprit d’attention et de discernement.

La conscience éveillée est une ancienne pratique bouddhiste qui s’applique parfaitement à nos vies contemporaines. Cette pratique à tout à voir avoir avec l’éveil de notre conscience et le désir de vivre en harmonie avec soi-même et le monde qui nous entoure. Il s’agit de prendre conscience de qui nous sommes, d’un questionnement sur le monde et de notre place dans le monde. Il s’agit d’apprécier la plénitude de chaque moment que nous vivons et surtout, d’être en contact avec notre être dans sa plénitude.

Notre état de veille ordinaire est très limité et contraignant. La méditation nous aide à sortir de cet automatisme inconscient, nous donnant ainsi la possibilité de réaliser toutes nos capacités conscientes et inconscientes.
La conscience éveillée signifie "faire attention" d’une manière particulière : délibérément, au moment présent et sans jugements de valeur. Cette sorte d’attention nourrit une prise de conscience plus fine, une plus grande clarté d’esprit et l’acceptation de la réalité du moment présent. Cela met en évidence le fait que nos vies sont une succession de moments où nous avons intérêt à être présents.

Une conscience distraite du moment présent crée en nous des problèmes renforcés par nos peurs et notre manque de confiance en nous - problèmes qui ne feront que s’amplifier avec le temps. Ainsi, nous nous sentons parfois enlisés dans les difficultés de la vie, ayant perdu le contact avec la réalité et avec les autres. Nous n’avons plus l’énergie de rassembler nos forces dans une direction précise qui nous apporterait plus de satisfactions.
La conscience éveillée est un moyen simple mais efficace pour se débloquer, pour prendre contact avec nos propres ressources vitales, pour cultiver notre rapport avec la famille, avec la vie professionnelle, avec le monde et, surtout, avec notre propre personne.

Lorsque nous nous engageons à "prêter attention", avec un esprit ouvert, dénué de tout préjugé, en faisant abstraction de nos sympathies ou de nos antipathies, de nos projections et de nos espoirs, de nouvelles possibilités s’ouvrent à nous qui nous permettent de nous libérer de la camisole de force de l’inconscient.

J’aime définir la conscience éveillée comme un art de vivre. Il n’est pas nécessaire d’être un bouddhiste ou un yogi pour le pratiquer. Le mot "Bouddha" signifie celui ou celle qui s’est éveillé à sa vraie nature.

La conscience éveillée est un procédé pratique pour développer le potentiel de chacun. Le processus n’a rien d’une analyse froide et insensible. Au contraire, ses attributs sont la douceur, l’appréciation du moment présent, l’amour de soi et des autres.


Jon Kabat Zinn - Texte édité sur le site www.buddhaline.net


samedi 9 janvier 2010

Yvan Amar - Le chemin qui fait de l'autre notre prochain...


... Là où siège la difficulté, là est la pratique. Qu'est-ce qui est difficile? C'est l'autre. L'autre est la difficulté, l'autre est la pratique.
Dans la contemplation, l'un est la joie, l'un est la pratique. Dans l'action, l'autre est la difficulté, l'autre est donc la pratique. Soyons simples et reconnaissons que nous considérons l'autre, depuis toujours, comme la source des bienfaits et la source des souffrances. On se dit que c'est à cause de l'autre, la faute de l'autre, ou grâce à l'autre.

L'enseignement de la prise de conscience m'oblige à amener ma conscience, mon attention, là où c'est difficile et en relation à l'endroit de la difficulté, je suis aussi obligé à la relation consciente. Et là, que vais-je voir? Je vais constater, avec une acuité de plus en plus profonde, combien cette relation est négligée. Combien elle est profane, dans le sens d'être avant tout utilitaire : ce qui est bon pour moi, je le prends; ce qui est mauvais pour moi, je le repousse, et ceci sur tous les plans: matériel, corporel, sensoriel, autant qu'affectif, émotionnel, sentimental ou encore conceptuel. J'attire ce qui m'arrange, je repousse ce qui me dérange. Tout mon rapport à l'autre, qu'il soit un être humain, un objet, un événement, une situation, tout cet univers est géré par cette loi: attirer-repousser, j'aime-je n'aime pas, je prends-je rejette. Est-ce que je peux penser un instant, connaître véritablement la nature de l'autre, la nature de la relation, si je ne vis de l'autre et de la relation que ce processus-là ?

Quand je parle d'un chemin, quand je parle d'une quête, c'est la quête d'un sens beaucoup plus vaste que cette simple relation-là. C'est la quête d'une qualité beaucoup plus vaste que ce genre de commerce que j'ai avec l'autre, cette transaction continuelle, ce marché. Cette quête me demande de voir dans l'autre quelque chose de beaucoup plus vaste que ce qui peut servir ou desservir mon intérêt personnel.

Cela n'est possible que si, ayant ressenti l'autre comme mon chemin, je suis prêt à l'accueillir, à lui ouvrir ma porte, à pratiquer l'hospitalité véritable.
Ce chemin-là s'avère un immense défi. C'est d'une telle exigence, d'une telle obligation, que cela rend ce chemin aussi respectable, vénérable que les chemins tant chantés de la renonciation, de la transcendance ou du souverain détachement. Il est aussi noble le chemin du souverain attachement à ce qui est ! - avec le sentiment profond de responsabilité grandissante qui en découle.
Le chemin de la relation consciente, le chemin de l'autre, c'est le chemin qui fait de l'autre notre prochain (notre semblable), car le divin ne se révèle pas dans l'autre, le divin se révèle dans le prochain. Le prochain exprime, en effet, une relation d'une qualité entièrement différente.
L'autre est le partenaire d'un marché dans la relation, car ce sont deux autres qui se rencontrent. Mais lorsque l'autre est devenu mon prochain, cela indique un changement dans la qualité de la relation. Cette relation-là, c'est la nature de la réalité que nous cherchons, cette relation qui fait de l'autre le prochain, c'est l'amour…


Yvan Amar - L'obligation de conscience - Editions Le Relié


mardi 5 janvier 2010


L'art de vivre consiste à garder intact le sentiment de la vie
et à ne jamais déserter le point d'émerveillement
et de sidération qui seul permet à l'âme de voir.

Christian Bobin