samedi 24 octobre 2009

John Welwood - Notre manière d'être avec notre expérience



À ce point, tout ce qui est expérimenté dans la vie quotidienne à travers la perception sensorielle est une expérience nue, car elle est directe. Il n’y a pas de voile entre «nous» et «ça». Le Tantra n’apprend pas à réprimer ni à détruire une énergie mais à la transmuter ; en d'autres termes, à s'accorder avec la forme d'énergie ... Quand «nous» allons de pair avec l'énergie, l'expérience devient alors très créative ... Nous réalisons que nous n’avons plus à abandonner quoi que ce soit. Nous commençons à voir les qualités de sagesse, sous-jacentes à la situation de notre vie... Si nous sommes très impliqué dans une émotion comme la colère, alors, en ayant une vision soudaine, momentanée, d'ouverture ... Nous commençons à voir que nous n’avons pas à refouler notre énergie ... mais que nous pouvons transformer notre agressivité en énergie dynamique ... Si nous sentons réellement la qualité vivante, la texture des émotions telles qu'elles sont dans leur nudité, cette expérience contient alors la vérité ultime ... Nous découvrons que l'émotion en fait n’existe pas telle qu'elle apparaît mais qu'elle contient beaucoup de sagesse et d'espace ouvert ... Le processus de ... transmutation des émotions se met ensuite en place automatiquement.


Nous ressentons un bouleversement émotionnel tel qu'il est, mais ... devenons un avec lui... Soyons dans l'émotion, traversons la, abandonnons-nous à elle, faisons-en l'expérience. Nous commençons à aller vers l'émotion, au lieu de simplement ressentir l'émotion venir vers nous ... Les énergies les plus puissantes deviennent alors parfaitement utilisables ... Tout ce qui advient dans l'esprit est considéré comme le chemin ; tout est utilisable. C'est une proclamation intrépide … C’est le rugissement du lion.

Le piège spirituel subtil du travail psychologique est qu'il peut renforcer certaines tendances inhérentes à la personnalité conditionnée : se voir comme un actif, toujours rechercher le sens dans l'expérience ou faire continuellement des efforts pour «quelque chose de mieux». Bien que la réflexion psychologique puisse certainement aider les gens à progresser de manière importante, à un certain stade, même le plus petit désir de changement ou d'amélioration peut interférer avec la détente et le lâcher-prise plus profonds qui sont nécessaires pour passer du domaine de la personnalité à celui de l'être, que l'on ne peut découvrir que dans et à travers l'instantanéité présente - dans les moments où cessent toute conceptualisation et tout effort.

Quand nous laissons l'expérience être telle qu'elle est, au lieu de chercher à l'altérer d'une façon quelconque, le centre d'intérêt du travail intérieur se déplace de manière importante et forte. Notre expérience n'est plus quelque chose de séparé de nous, que nous avons besoin de transformer ou de résoudre ; au lieu de cela, le centre d'intérêt s'élargit au champ plus vaste : notre-manière-d'être-avec-notre-expérience. Et quand nous nous relions de façon plus spacieuse et ouverte à notre expérience, celle-ci devient moins problématique car nous ne vivons plus dans une tension je/elle, sujet/objet, vis-à-vis de cette expérience.

Bien que le but principal de la psychothérapie soit de réduire la détresse psychologique et d'accroître la compréhension de soi plutôt que de dépasser la conscience divisée, nous pouvons ressentir malgré tout un besoin de pratiquer une thérapie plus en accord avec la qualité de non-agir de la présence méditative. En étant inspiré en ce sens par des moments au cours desquels nous nous ouvrons à notre expérience simplement telle qu'elle est, nous amène à un sens de présence plus complet - une forme «d'être sans programme» conduisant à un puissant sentiment de calme, d'acceptation et de vie. De tels moments offrent un aperçu de ce qui demeure de l'autre côté de la conscience divisée : être un avec soi-même d'une façon nouvelle, plus profonde.

Il y a, bien sûr, un temps pour essayer activement de pénétrer les voiles de l'expérience, tout comme il y a un temps pour permettre à l'expérience d'être telle qu'elle est. Si nous sommes incapables ou peu enclins à nous occuper activement des problèmes de notre vie personnelle, laisser être peut alors devenir une attitude de dérobade et une impasse. Toutefois, si nous sommes incapables de laisser notre expérience être, ou de nous y ouvrir simplement telle qu'elle est, notre travail psychologique risque alors de renforcer la tendance habituelle de la personnalité conditionnée consistant à nous détourner de l'instant présent.


John Welwood - Psychologie de l'Eveil - Editions La Table Ronde



mardi 20 octobre 2009

Andrew Cohen - L'abandon, au delà de la stratégie


L'abandon nous conduit, au-delà de ce que nous pouvons comprendre, directement à ce que nous pouvons connaître, mais jamais comprendre. L'abandon passe par l'expérience. Au delà de la compréhension signifie au-delà du mental, au-delà de l'ego, au-delà de toute référence.

La reconnaissance, la réalisation et l'acceptation de cela qui est au-delà de la compréhension constitue l'abandon. L'abandon rend nul et non avenue toute stratégie que le mental peut vous suggérer pour nous mener au-delà de lui-même.

Aucune stratégie ne peut atteindre ce qui est au delà du mental, hormis celle de renoncer à toutes les stratégies quelles qu'elles soient. Voilà en quoi consiste l'abandon. Cela même qui est à jamais au-delà du mental et de l'ego représente toujours le défi ultime pour le mental et l'ego. Voilà pourquoi l'abandon est le défi ultime. C'est dans la perspective de ce défi que l'ensemble de ce qui se joue sur la scène de l'existence devient profond et fascinant.


Andrew Cohen



samedi 17 octobre 2009




Dans le pré en friche, des petites fleurs dont la blancheur de craie ferait paraître sale la neige la plus fraîche. Elles sont disséminées par groupe de dix ou douze dans les hautes herbes - des communiantes qui auraient échappé à l'église et au banquet, une école buissonnière céleste.
De retour dans le bureau, j'écoute "L'Art de la fugue" de Bach, au clavecin - le même air depuis des semaines.

Il suffit de toujours admirer la même chose, insignifiante comme une petite fleur de feu blanc ou vite évanouie comme une ritournelle de Bach au clavecin - et dans cette attention, par cette gracieuse monotonie : l'univers descend dans l'âme et s'y tient comme dans une boîte d'allumettes avec toutes ses étoiles, ses lunes et ses muettes innocences.

Christian Bobin


jeudi 15 octobre 2009

Denise Desjardins - Que peut le oui ?


Que peut le oui ? Rien, s'il est passivité, résignation, répression du non, accablement. Tout, s'il est processus dynamique, vision juste. Tenter
d'accueillir l'émotion, de rester quelque temps en sa compagnie ; la voir sans la nier, la reconnaître sans la juger, bien sûr, c'est lui dire oui. Bien sûr, c'est être « un » avec elle.

Au lieu de me diviser en la refusant, la refoulant, je l'accompagne. Unifié, je colle toujours au principe de non-dualité. Même si je suis perturbé, en acceptant de l’être, je retrouve mon unité et suis de nouveau en accord avec la vérité non-duelle. Je laisse «l'Enfer» du conflit et regagne mon «Paradis» de tranquillité. Mais - nuance - non d'indifférence qui est le résultat d'un refoulement déguisé en simili d'acceptation, un oui du bout des lèvres. Un refus masqué, en somme.

L'indifférence, ou une excessive politesse, camouflent l'émotion en la réprimant. Masques derrière lesquels nous nous figeons pour nous couper de l'émotionnel, sans le résoudre ni le transmuer. Si la non-dualité est un principe vrai, il se retrouve partout, également dans nos processus psychiques. C'est précisément pourquoi dès qu'apparaît, dans notre monde intérieur, la moindre division ou la plus mince hésitation, il en résulte une gêne obscure nous servant de signal : "Attention - Déviation". Nous ne sommes plus dans la vérité.!
Rétablir l'aise, renouer avec le «Paradis», c'est se sentir à nouveau unifié, même avec ses bourrasques intimes.

Ce qui nécessite quelque peu de vigilance. Emotion plus vigilance égale flot d'énergie plus vigilance. Résultat : éveil intérieur. Une équation forte parce que nourrie de vérité. Si j'y parviens ... Il n'est guère facile de vivre simultanément sur ces deux niveaux, d'assembler ces deux pôles contraires : trouble dynamique et lueur de lucidité ; ou tout au moins d'établir un pont intermittent, un va-et-vient entre les deux. Voilà une liberté intérieure dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle sort du troupeau de nos habitudes mentales.

Calme ou tendu, heureux ou perturbé, beaucoup de circonvolutions avant de parvenir, en toutes circonstances, à garder un point fixe - comme le derviche tourneur maintient en lui, même au plus fort du tourbillon un axe d'immobilité tranquille.


Denise Desjardins - La stratégie du Oui - Editions Pocket


jeudi 8 octobre 2009

Quelque part,
se tenir
précisément
tendrement
immobile...
Epousant
les courbes
de l'invisible infini fiancé.

Etre dansé par le Souffle,
Inspiré par le Vent.

Le fond de l'Etre est doux...


Jean Yves Leloup


mardi 6 octobre 2009


Qu'y a t'il a attendre de l'autre,
quand tout est déjà déposé en soi et ne demande qu'à fructifier ?
C'est parce que notre profondeur les appelle
que les rencontres se font.
Nous les disons providentielles
mais ce n'est que la loi de l'âme
que de permettre à la personne de grandir
à travers retrouvailles et éloignements.

Tout est absolument juste et à sa place.

Tout autant, l'autre est nécessaire à notre construction.
Nous ne pouvons bâtir notre singularité sans lui.
Notre originalité a besoin de lui pour s'épanouir.
Quel qu'il soit, il est notre miroir.
Il est le révélateur de ce que nous avons choisi de vivre
de ce que nous avons peur de vivre.
Il est le révélateur de ce à quoi nous aspirons,
de ce à quoi nous renonçons, nous nous résignons.
Il révèle Celui ou Celle que nous sommes.

La relation amoureuse est l'espace privilégié
dans lequel se dévoile notre nature sacrée.
La relation amoureuse danse et célèbre la vie ;
elle voit croitre tout, tout le Meilleur de Nous.



Inspiré d'un texte lu sur internet


samedi 3 octobre 2009



Diamant par mmarsupilami

Karlfried Graf Durckheim - L'expérience au delà du concept ...


Sur le plan de l'expérience, le mot essentiel indique quelque chose qui nous touche dans une profondeur. Peut-être même pourrait-on dire que cette qualité touche un autre nous-mêmes, dans le sens où, dans cette expérience, nous ne sommes plus le même, nous sommes autre.

Il nous faut aussi parler de nous-mêmes en tant qu'Etre essentiel. On pourrait dire qu'existe l'homme en tant qu'être conditionné par les conditions de son existence et les circonstances. Et existe l'homme en tant qu'être non conditionné. Et c'est là qu'il manifeste l'Être, avec un grand E, qui cherche à se réaliser dans l'homme à travers ce que j'appelle son Être essentiel.

Il faut bien parler d'un Etre essentiel en nous-mêmes, ce n'est pas l'essence. C'est un toi, c'est quelque chose qui nous appelle, qui nous touche et vis-à-vis duquel on sent une responsabilité. C'est dans la mesure où nous pourrons nous ouvrir à l'Être essentiel présent en nous-mêmes que nous pourrons goûter dans tout ce qui nous entoure cette autre dimension qui dépasse ce que nous entendons par réalité existentielle

Le mot essentiel représente pour moi autre chose que l'essence de toutes choses. L'essence c'est un terme philosophique. Le mot essentiel, pour moi, indique une expérience.

La philosophie occidentale a depuis toujours fait de son mieux pour transformer les expériences de l'homme en concepts. Jusqu'à Descartes pour lequel à la fin le mot réel, ou réalité, peut être donné à ce qui entre dans un ordre de concepts bien définis. Ce qui n'entre pas dans cet ordre n'a pas de réalité. Nous devons aujourd'hui reconnaître qu'il y a des expériences pour lesquelles on n'a pas de concept. Et les concepts les plus clairs sont les plus éloignés des expériences les plus profondes. Ainsi le mot Etre, qui est pour ainsi dire le sommet de la pyramide des concepts, est le concept le plus abstrait au monde. Mais si la pyramide a sa pointe dirigée vers le bas, le mot Etre indique la chose la plus concrète en tant qu’expérience.

Et voilà la différence entre la philosophie occidentale et la sagesse orientale. La sagesse orientale se sert des mots pour indiquer des expériences qu'on ne peut pas définir. Tandis que tout l'effort des philosophes occidentaux était de bien établir un ordre de concepts qui explique et fixe des expériences. Mais, ce faisant on enlève à celles-ci leur force créatrice qui conduit à la transformation de l'homme.

Il faut dire que vis-à-vis de l'essentiel il est des gens qui sont sourds et aveugles malgré toute leur intelligence. Un être intelligent n'est pas nécessairement spirituel. Et il est des gens d'une grande simplicité intellectuelle qui ont le goût pour la qualité numineuse de l'essentiel. Ce sont ces derniers qui peuvent se rendre compte que l'expérience qu'ils ont vécue représente une chance pour leur existence. Ils peuvent alors cultiver le champ de leur existence pour y retrouver l'essentiel qui s'est manifesté à eux le temps d'une expérience. Ce travail commence avec le développement de l'organe du goût de l'essentiel, le corps que nous sommes.

Karlfried Graf Durckheim - Le centre de l'Etre - Editions Albin Michel


lundi 28 septembre 2009

Karlfried Graf Durckheim - Faire l'expérience libératrice de l'Etre



Pour ce qui est des grandes expériences je pars, une fois encore, des trois grandes détresses de la vie humaine, la peur de la mort, le désespoir vis-à-vis de l'absurde et la tristesse dans l'isolement.

L'homme confronté à ces situations limites se sent détruit, au bord de l'annihilation. Et c'est là, où l'homme en tant que moi existentiel ne peut plus accepter ce qu'il vit, qu'il a encore la chance de faire l'expérience libératrice de toute angoisse, l'expérience libératrice du désespoir et l'expérience libératrice de la tristesse! C'est là que l'homme, qui est bien plus que son moi existentiel, fait l'expérience de l'Être transcendant et immanent.

Comment arrive-t-il à cette expérience ? Paradoxalement, c’est en acceptant ce qu’en tant que moi existentiel il ne peut pas accepter. C'est en acceptant la mort, en acceptant l'absurde et en acceptant l'isolement qu'il peut faire l'expérience de ce qui est au-delà de son horizon existentiel.
Il fait au moment même l’expérience d’une force dans la faiblesse, d’un sens dans le non sens et d’un amour dans l’isolement.

Je n'invente rien, j'écoute avec étonnement des hommes et des femmes qui me parlent de leur expérience, laquelle ne peut être comprise que comme la manifestation d'une réalité transcendante. Cette réalité transcendante n'est plus ici le contenu d'une croyance mais le contenu d'une expérience.


Karlfried Graf Durckheim - Le Centre de l'Etre - Editions Albin Michel


samedi 26 septembre 2009


".... Il mourut avant elle et c'est sans importance ;
l'amour ayant dès sa venue,
dès son premier frémissement,
aboli les vieux décrets du temps,
supprimé ces distinctions de l'avant et de l'après ;
ayant seulement maintenu l'aujourd'hui éternel des vivants,
l'aujourd'hui amoureux de l'amour."


Christian Bobin


mardi 22 septembre 2009

Arnaud Desjardins - Notre état naturel heureux



« Qu'est-ce que je veux ? C'est être heureux. (…) Est-ce qu'il n'y a pas à regarder plus profondément ? Et là, vous ferez une découverte : c'est qu'en fait, votre état fondamental – que vous connaissez encore bien peu - est complètement heureux par lui-même. (…)
Vous avez l'impression que ce que vous cherchez, le bonheur, est dans les objets, les accomplissements, quels qu’ils soient. Quand je dis les objets, ce n'est pas seulement un autre humain dans la relation amou­reuse ou sexuelle, ni une voiture ou un manteau de fourrure. Ce qui se passe, c'est qu'au moment où un désir est accompli, une certaine tension lâche et vous mène à votre état naturel heureux. Et ça, peu à peu, vous le découvrez : c'est une illusion de croire que le bonheur auquel vous aspirez est dans les objets. Il est en vous-même. Le désir vous met en exile et, au moment où ce désir est accompli, vous êtes en contact avec cette plénitude intime, la vraie joie de vivre.

Votre vraie nature essentielle n'est pas du tout frustrée : elle est plénitude, complètement heureuse. Mais les désirs vous font croire que vous en êtes coupé. L'accomplissement du désir vous remet en contact pendant un instant avec cet état heureux natu­rel par ce qu’il y a une détente - et puis apparaît de nouveau un désir ou une crainte qui vous donne l’impression d’un manque. »

Arnaud Desjardins - Retour à l'essentiel - Editions Poche


vendredi 18 septembre 2009


the path par ~ Teresa

Rien n'est éloigné de nos songes,
rien n'est trop fort à nos désirs,
rien ne peut faire que l'on renonce
à ce qu'il y a d'absolu sous nos pas.


André Velter



mardi 15 septembre 2009

Jean Marc Mantel - Plaisir et joie : une dépendance ?



Pourquoi un état devient-il attachant ? Parce qu'il est assimilé à une expérience de plaisir.
Le plaisir est une sensation particulière. On pourrait la nommer vibration, tant elle transporte les sens dans un royaume qui lui est propre. Selon le lieu où cette vibration est ressentie, l'objet de plaisir se transforme.
Examinons sa relation à la joie. Ils diffèrent tous deux tout d'abord quant à la durée. Le plaisir, même prolongé, est limité dans le temps. La joie peut durer… toute l'éternité. Le plaisir est limité dans sa localisation. La joie ne peut être localisée. Le plaisir requiert un "objet" pour s'éveiller. La joie ne requiert que la joie pour se révéler.
Le plaisir peut être donc vu comme une fenêtre ouverte vers la joie, prémisse d'une permanence qui se cherche. Qui n'a donc pas désiré que le plaisir ne cesse jamais ? Or, aussitôt né, il cherche déjà à s'en aller, nous laissant à nouveau tout seul, dans une solitude abhorrée.
L'attachement au plaisir, qui est au cœur de la dépendance, ne serait-il qu'un attachement à la joie, ainsi déguisée ? Le plaisir viendrait-il éveiller nos sens pour nous révéler la joie par lui masquée ?

On voit ainsi que transparaît, derrière l'expérience de la dépendance, une expérience plus fondamentale, celle de l'être. La division entre un sujet dépendant et un objet de dépendance peut-elle être abolie ? N'est-ce pas le propre de l'amour que de faire fusionner le sujet amoureux et son objet d'amour ? Je deviens ce que je désire. Je deviens donc ce plaisir que je désire. Je me perds en l'objet de mon propre désir. Je suis ce que je désire. Divine ivresse dans laquelle se perd le "je".

D'où peut-on contempler la division si ce n'est de l'indivision ? Si nous n'étions pas un, comment pourrions-nous connaître le deux ? La quête de l'un ne passe-t-elle pas par la vision du deux ?
Nous voici donc au point-même où nous nous trouvons, là où nous sommes dans cet instant. Ici-même, sans distance, un !
De l'objet de dépendance au sujet dépendant, il n'y aurait donc aucune distance. "Je" est le pont entre le sujet et l'objet. "Je" est ce vers quoi tendent à la fois l'objet et le sujet. "Je" est un, malgré ses apparences multiples. "Je" est ce que je désire, bien que les objets apparents du désir soient infinis.

Explorer la dépendance signifie donc s'explorer soi-même. Explorer le moi, dans toutes ses facettes, et se retourner vers le connaisseur du moi, celui qui se sait sans pouvoir se nommer.
Laissons donc au sans-nom la primeur de cette enquête, qui nous a conduits depuis les affres du plaisir jusqu'au contentement de la joie. C'est ainsi la joie qui se cherche derrière tous les désirs et plaisirs. Rendons hommage à l'objet suprême de la dépendance, la joie qui ne se laisse jamais saisir, mais qui peut nous saisir, qui se reflète dans les miroirs du corps et de l'esprit sans pour autant leur appartenir, qui n'a de cesse tant qu'elle ne nous a pas complètement absorbés, qui est quand je ne suis pas. Elle se réjouit de mon absence, et s'épanouit dans ma présence. Hommage à elle, source de toute dépendance et libre de toute dépendance.


Jean Marc Mantel - Le plaisir et la joie, hymne à l'impérissable (texte écrit à l'attention d'un ouvrage collectif)



jeudi 10 septembre 2009

Notre royauté intérieure



Au cœur de nous-mêmes se fonde une royauté. Celle de notre être souverain du vivant.

Notre roi intérieur nous invite à remonter à la racine de nos désirs et à identifier quelle qualité d’être, en nous, aurait intérêt à un accomplissement.
Ainsi nous découvrons, derrière nos innombrables fantasmes et désirs imaginaires, un désir infini, direct et essentiel qui, répondant à une prédisposition, cherchera dans l’accomplissement, à exprimer cette qualité.

La vie trouve dans le cœur du « héros intérieur » le désir, et dans l’intelligence du « roi intérieur » l’intention, pour faire germer en nous cette qualité qui demande à éclore.
Pour donner une réalisation à nos désirs, la vie nous demande de faire du déploiement de cette qualité un besoin vital. C’est alors que nous profiterons de la magie de la vie. Sans doute aussi pourrons nous con-sacrer notre énergie, dont celle de l’amour à la plénitude et à la vastitude.

Inspiré d'un extrait de lecture sur internet


mardi 8 septembre 2009



141|365 ||| under the waves par .bella.



Risquer la vie ; risquer de laisser venir la vie.
Toute modification est celle de la vie,
du vivant qui entre dans la variabilité.


Je ne cherche pas à sentir que je suis vivant.
Cela arrive quand j'adhère à ma forme de vie,
c'est à dire à toutes les circonstances de mon état d'être vivant.

Il faut trouver sans chercher.
C'est là qu'il faut arriver.

Le chemin est celui d'une recherche qui aboutit à l'impasse.
Lorsque l'on a désespéré de trouver,
la recherche s'arrête dans le désespoir

et c'est ce moment de désespérance qui permet l'illumination.
On trouve sans avoir plus à chercher
et parce que l'on a plus à chercher.


François Roustang


vendredi 4 septembre 2009

Christiane Singer - Entre le cœur du monde et le mien, tout coule de source



L'état amoureux donne un goût de l’élan ; cet élan qui porte, jette l’être entier en avant vers les bras de l'aimé(e).


J'ose prétendre que si en cet instant, en de multiples endroits du monde, des femmes ne s'élançaient pas vers leurs aimés, des enfants dans les bras d'une mère, d'un père, des amis l'un vers l'autre, des chevreuils vers la source, si cet élan n'était pas à chaque instant tissé de neuf qui jette l'océan à la rencontre de la terre, alors le monde cesserait aussitôt d'exister. Car cet élan est le nerf de la création.

Lève-toi! Marche! Debout! « Mais je suis déjà debout! - Non, mets-toi encore debout dans ce que tu crois être debout! Ouvre les yeux ! - Mais j’ai déjà les yeux ouverts ! - Ouvre les yeux dans les yeux que tu crois avoir ouverts ... » De commencement en commencement jusqu'au commencement qui n'a pas de fin. Un moment, la peur est abrogée, la peur que nous ressentons tous à nous élancer, à nous perdre dans l'amour, à nous anéantir dans un autre. Et pourtant c'est cette expérience - qui dans l'ordre de la logique nous éloigne au maximum de ce que nous sommes - qui nous précipite au cœur de notre être véritable. En me diluant, en me perdant, je me rencontre pour la première fois. Là où je suis le plus loin de ce que je croyais être moi, je suis enfin qui je suis.

Et même si nos amours souvent se terminent en abandon, en trahison, ne prononçons pas de faux serments : «Désormais je n'aimerai plus». Mais tout au contraire, jurons-nous de ne plus jamais aimer avec l'arrière-pensée de garder et de posséder, de ne plus jamais aimer autrement que pour aimer. Sommes-nous des mercenaires pour attendre en retour une solde ?

Aimer est en soi la récompense. Chaque fois que nous aimons, le monde resplendit et jubile. Chaque nœud de bois, chaque pavé sous mon pied, chaque poignée de porte sont des talismans de l'amour! Le monde entier devient un talisman. Je ne suis plus qu'élan, rencontre, reliance. Je suis vivant! Je rayonne de ce qui est, je reflète la splendeur du monde ; entre le cœur du monde et le mien, tout coule de source.

Christiane Singer - Du bon usage des crises - Editions Albin Michel


mardi 1 septembre 2009


Toute réalité est immédiate.

La fraîcheur absolue de chaque instant coule
et le corps infini du yogin et de la yogini,
non entravé par la mémoire et la projection
réagit dans l’instant, spontanément,
connaît dans l’instant, oublie dans l’instant
car la plénitude ne laisse aucune scorie sur le rubis du Cœur.

Daniel Odier