mardi 30 juin 2009

Le poète et la terre

Comment le poète dans sa démarche d'écriture devient un explorateur de lui même...


Le poète aspire à naître et s'engendre par le verbe. Il donne alors son adhésion à la vie. C'est par l'écriture qu'il se construit. Elle est l'instrument d'une métamorphose, d'une difficile autogenèse.

Dans l'univers du poète la plénitude est une difficile conquête jamais définitive.

C'est par le travail de l'écriture qui développe l'acuité, que le poète va descendre en lui-même, devenir le spéléologue, voire l'archéologue de sa propre terre pour tenter de retrouver dans les régions les plus reculées de la mémoire et de l'être la trace de la voie de l'origine. Il se fait explorateur, entreprend des fouilles et part ainsi pour l'aventure intérieure. L'image du séisme traduit cet ébranlement, cette ouverture à soi-même, qui permet la découverte de ses propres profondeurs.

Le poète, tel Orphée, descend dans les entrailles de la terre et, au plus près des secousses telluriques, vit le début d'une indiscernable métamorphose. Cette descente au fond de lui même, de sa terre, le conduit vers le secret des racines.

Pour s'unifier, il faut descendre en soi, s'abîmer. La source, la lueur, sont toujours liées à une descente.


Débarrassé du moi, le poète découvre le centre qui est le neutre ; le masculin et le féminin s’y confondent dans la fusion. Les paroles du poète s’adressent à la mère, à la femme, à la terre.
Souvent la terre l’angoisse comme lorsqu’elle emplit la bouche. Close et obscure alors, elle le laisse sans voix. D’autres fois, elle est marquée d’un sillon, ouverture féminine et ligne inspiratrice à la fois. La terre trace un chemin, propose un accès au rêveur et poète qui cherche en la contemplant la clef de son existence. Elle est alors emplie d’amour. Apprivoisée, elle devient la «déesse-mère» qui s’ouvre et révèle le mystère de la création. La terre est malléable et offre ses fruits à celui qui la travaille et la caresse. De ses entrailles monte une voix qui répond au désir d’amour infini.

Par delà les traces de son histoire personnelle, le poète explorateur entrevoit dans les entrailles de la terre le mystère de l’origine de toute existence. Transformant la langue commune en poème, il accomplit le geste primordial, l’incessant travail qui le fait avancé progressivement dans les profondeurs de sa vie intérieure jusqu’au fond de sa mémoire et de son imaginaire et lui permet de naître à lui même. Il s’enfante et revit.

De sa langue dépouillée et tendue vers l’essentiel, il guide alors tous ceux qui en quête d’eux mêmes recueillent sa parole pour accomplir leur propre chemin.

Entretiens avec Charles Juliet. Editions La passe du vent






mercredi 24 juin 2009


.... Puissiez-vous faire confiance que vous êtes
exactement là où vous êtes censé être.
Puissiez-vous vous souvenir des possibilités infinies
qui naissent de la foi en soi et les autres.
Puissiez-vous utiliser les dons que vous avez reçus
et transmettre l'amour qui vous a été donné.

Que cette connaissance s'installe dans votre corps
et permette à votre âme la liberté de chanter,
danser, de louanger et d'aimer.
Elle est là pour tous et chacun de nous.....




dimanche 21 juin 2009

Lou Andréas-Salomé - L'amour, dans le secret de notre âme, pour l'éveiller

Cet extrait est écrit en 1900 par Lou Andréas-Salomé, personnalité riche, indépendante et généreuse dans ses réflexions, sa pensée, sa sensibilité.


.... Car l'amour est autant ce qui rôde en nous de plus physique que ce que nous avons de plus spirituel, de plus désincarné, du moins en apparence. Il s'attache complètement au corps, mais saisit complètement en lui un symbole, une image de la totalité de l'être humain et de tout ce qui se faufile en nous par la porte des sens, et s'insinue dans le secret de notre âme, pour l'éveiller.

Éternellement rester étrangers l'un à l'autre, tout en restant éternellement proches : c'est donc la loi de tout amour, le caractère qui lui est imposé, et qui ne s'en retire jamais : car ce n'est pas seulement dans ce cas extrême, que nous avons déjà mentionné, ni non plus dans le mépris, ou dans l'amour non partagé, mais partout où des êtres humains aiment, que l'un se borne à frôler très légèrement l'autre, puis l'abandonne à lui-même.

C'est toujours une étoile inaccessible que nous aimons, et chaque amour est toujours, en son essence intime, une tragédie, - mais qui ne peut produire qu'en cette qualité ses effets immenses et féconds. On ne peut descendre si profondément en soi-même, on ne peut puiser au tréfonds de la vie, là où toutes les forces reposent encore enlacées, tous les contraires encore indifférenciés, sans ressentir aussi en soi-même le bonheur et les tourments, dans leur connexion mystérieuse.

Car ce qui s'y produit en l'homme n'est pas seulement situé par-delà toutes les partialités et toutes les scissions de l'égoïsme ou de l'abnégation de soi, du sensuel ou du spirituel, mais aussi par-delà ce bien-être minutieusement, péniblement enclos que nous tentons, durant notre vie entière, de protéger de toute souffrance, comme de notre pire ennemi. Un seul homme sait que bonheur et tourments ne font qu'un, dans toutes les expériences les plus intenses, tous les moments féconds de notre vie.


Mais bien avant lui un humain en proie à l'amour a tendu, suppliant, ses mains vers une étoile, sans demander si c'était du plaisir ou de la douleur qu'il implorait d'elle...


Lou Andréas-Salomé - Eros - Les Editions de Minuit




vendredi 19 juin 2009

Karlfried Dürckheim - Les sources d'un renouvellement du Moi...

Karlfried Dürckheim évoque dans ce passage l'amour, l'érotisme et la sexualité.



Quel que soit le contexte dans lequel on parle d'amour, il y a toujours la situation suivante : on se sent en séparation avec quelque chose ou quelqu'un avec lequel pourtant on se sent un dans sa profondeur.

L'amour est toujours cette ambiance d'une union et cette poussée vers une union véritable. Dans la mesure où vous êtes capable de vous débarrasser de toutes sortes de choses accessoires, vous entrez de plus en plus dans la Réalité du grand Un. Entrant là dedans, vous entrez en méditation dans un contact universel. Vous ne vous demandez plus alors l'amour «avec qui ?» car c’est un contact avec le «Tout», contact qu’on peut aussi appeler l’Amour.

L'amour est ce quelque chose qui vous embrase, qui vous nettoie, vous donne de la chaleur, qui vous met à l'abri. C'est la découverte de ce que vous ne faites plus par vous-même mais qui vient vers vous. C'est la découverte de bras qui vous embrassent d’une telle façon que vous êtes vous-même capable d'embrasser. C'est cela qui s'ouvre là. Et ce n'est pas le petit «bien faire». C'est l'amour en tant qu'état et non en tant qu'addition de choses que l'on sent bien.

Dans un monastère au Japon, il y avait un maître zen qui passait toute la journée à travers son monastère. Il rendait visite à tout le monde et aussi au cuisinier qui était communiste. Et ce communiste lui dit : «Maître, croyez moi, je ne pense pas du tout à moi. Je pense aux autres. Toujours, en préparant les repas, je me dis qu'il faut que ce soit bien, pour qu'ils aiment ça. Je pense aux autres.» Et un beau jour, il a le courage de demander au maître : «Et vous, maître, à quoi pensez-vous toute la journée? Moi? Mais je ne pense qu'à moi.»
Croyez-moi, ce n'est pas de son ego qu'il parle. Il pense à ce que, lui, il est au fond. Ce que nous sommes tous au fond : une seule chose, une Essence, qui, dès qu'elle nous touche, nous rend chacun capable d'en témoigner à sa façon.

L'amour veut dire que deux deviennent un. C'est toujours la réconciliation de deux pôles. Mais justement si c'est une relation profonde, cette union a comme sens que chacun des deux sort de l'union en étant un peu plus lui-même et gagne en profondeur dans son Moi essentiel. Mais dès que les deux «collent», alors c'en est fini avec la possibilité de développement. Il faut toujours à travers l'union retrouver un Moi plus profond. Le Moi se mêle à l'autre, dans cette union juste qui s'enfante, pour ainsi dire dans une nouvelle personnalité. Grâce à l'amour, l'être devient de plus en plus lui-même. Mais nous connaissons des couples qui sont tellement collés l'un à l'autre que leur développement est en danger, en tant que personne. L'amour doit donner la chance à chacun de devenir de plus en plus lui-même.

La sexualité, c'est le fait que la dualité entre deux personnes soit dépassée, dans l'acte sexuel justement. L'un se fond dans l'autre. Pour un moment, deux ne font plus qu'un. Si la sexualité apporte le fruit qu'elle peut apporter, chacun peut ressentir une grande profondeur. Il y a disparition du moi existentiel dans une réalité qui dépasse l'homme dans son ego. Alors se fondre dans la profondeur de l'acte sexuel peut être la source d'un renouvellement du moi. On n'est plus le même si on a eu le courage de s'éteindre totalement dans l'autre.

Ce qui est beaucoup plus difficile pour l'homme que pour la femme. La femme a le problème de pouvoir s'ouvrir et de pouvoir se lâcher. Pour l'homme c'est le problème de dépasser sa conscience objectivante, c'est-à-dire celle qui fait de l'autre un objet. Il y a très peu d'hommes qui sont capables d'éviter de faire de la femme, au moment de l'amour, un objet de jouissance. En général, l'homme garde toujours une certaine distance, il ne se perd pas totalement dans l'érotisme et même pas dans la sexualité.

Il faut donc bien différencier l'érotisme et la sexualité au sens de «sensuel». Une caresse très fine peut aider à découvrir une profondeur extraordinaire qui est autre chose que l'intensité d'une expérience sexuelle. Il faut faire la différence entre la profondeur d'un sentiment et son intensité. Souvent on ne les distingue pas. Et c'est ce que je vois chez tant de femmes qui viennent me voir, et qui ont été blessées par un manque de subtilité de la caresse de l'homme. Il y a des femmes qui sont mariées depuis vingt ans et qui n'ont jamais été caressées au propre sens du mot.
Une fois, par exemple, je passe ma main, comme une caresse, sur le visage d'une femme pour lui enlever la peur. Elle me dit alors : «Que faites-vous là? Les hommes vous touchent partout mais jamais ils ne vous caressent le visage».

L'érotisme, c'est la caresse, ce toucher très doux que malheureusement beaucoup d'hommes sont incapables de faire. L'érotisme peut avoir une profondeur en éveillant le corps éthérique, qui dépasse absolument la profondeur de la sexualité. L'acte sexuel peut avoir une grande intensité sans profondeur, tandis que la caresse peut avoir une profondeur extraordinaire sans intensité.


Karlfried Dürckheim - L'esprit guide, entretiens - Editions Albin Michel


lundi 15 juin 2009

Christiane Singer - La vie joue à travers nous ...

Deux extraits de ce très beau texte évoquant une passion d'amour.


« … C'est donné pour quoi faire la vie ?
Mais pour rien, pour rien d'autre que ce qui est ! La vie joue à travers nous. Regarde-la jouer. Comme elle aime à être toi, à habiter tes bras, tes jambes, ta peau soyeuse, à sentir bon dans tes cheveux ! Laisse-la être, laisse-la se plaire en toi et même lorsque le jeu ne sera plus à ton goût, laisse-la, je t'en prie, laisse-la faire. On ne lui échappe pas. Personne ne lui échappe.
Et après un long silence et un sourire furtif : Et pourtant oui, il y a bel et bien une échappée possible. Au lieu de subir ce à quoi on n'échappe pas - moi la vieillesse et les rhumatismes - toi de devenir grande et de me quitter - on peut aussi le choisir ; on peut oser le choisir ! » …

« … J'ai suivi alors ces jeux de miroitements que nous appelons nos vies. Quel étonnant spectacle! Ce que j'ai vu m'a rendu libre et joyeux. Le plus souvent, au lieu de jouir de ce que la vie veuille jouer avec nous, au lieu de lui présenter notre friselis, l'ondulation de notre vague pour qu'elle en fasse chatoyer la surface, nous nous mettons à croire que cela nous le sommes vraiment et devenons les captifs d'un mirage. L'engrenage de la souffrance nous saisit alors. Sur celui qui a cessé de se prendre pour lui-même, la souffrance n'a plus prise. Etrangement, il n'y a, lorsque cette réalité s'est installée, aucun renoncement à accomplir, aucun sacrifice à faire - c'est tout le contraire : quand plus personne ne revendique ce qui arrive, il n'y a que délivrance. Il n'y a qu'expérience radieuse et contemplation » …


Christiane Singer - Seul ce qui brûle - Editions Livre de Poche



vendredi 12 juin 2009



L'amour,
ici et maintenant, dans notre vie,
en découvrir la lumineuse simplicité.
En le posant à l'extérieur de nous, on l'escamote
à le poser loin de nous, on le nie
à en faire un aboutissement, on l'évite
à le définir comme un état,
on oublie qu'il est d'abord attitude intérieure.
Il est.

Il n'est pas à portée de notre regard, il est notre regard
à portée de notre bouche, il est notre bouche
à portée de nos doigts, il est nos doigts
à portée de notre cœur, il est notre cœur.
Tout est là.

Cela suppose l'abandon des exclusivités,
la pertinence d'une vigilance bienveillante,
aimante avec nous même
avant de nous tourner vers l'autre.
Cela inclut l'allégresse
de s'en désaltérer
car il est dans sa nature de couler ;
de s'en réchauffer
car il est dans sa nature de bruler ;
de le faire fleurir
car il est dans sa nature de se déployer.

A nous de l'inventer, sans peur,
de le reconnaitre, sans tremblement.
Il peut sembler se détourner de nous, quelque instant.
Il peut nous paraitre attiré, repoussé.
Il peut nous sembler par moments dévoyé,
nié, bafoué, attisé, déchainé, transcendé, sublimé.

Il peut.

Mais ce n'est que notre regard de l'instant qui le déforme ainsi.
Ce n'est que notre tumulte intérieur qui le voit tumultueux ainsi.
Ce qui est en cause alors, c'est notre regard, notre approche
et non la qualité de l'amour qui s'exprime.

Qu'y a t'il à attendre de l'autre
quand tout est déjà déposé en nous et ne demande qu'à se fructifier ?
C'est parce que notre profondeur les appelle que les rencontres se font.
Nous les disons providentielles ?
Mais ce n'est que la loi de l'âme que de permettre à la personne
de grandir à travers retrouvailles et éloignements.
Tout est à sa place, dans le oui qui se découvre et se déroule
dans le creux du vivant en nous.

Inspiré d'extraits de textes trouvés sur Internet.






vendredi 5 juin 2009



Apocalypto par Jaime F




Jack Kornfield - Ouvrir son coeur


De même qu'on permet au corps de s'ouvrir et qu'on le guérit en percevant ses rythmes et en l'entourant d'une attention profonde et bienveillante, on peut ouvrir et guérir d'autres dimensions de son être.
Le cœur et les émotions connaissent un processus de guérison similaire lorsqu'on leur offre notre attention afin de découvrir leurs rythmes, leur nature, et leurs besoins.

Ouvrir son cœur consiste à s'ouvrir aux souffrances occultées. La plupart du temps, ouvrir son cœur consiste tout d'abord à s'ouvrir aux souffrances occultées que l'on a accumulées pendant toute une vie - Tant les souffrances personnelles que les souffrances universelles de la guerre, de la vieillesse, de la maladie et de la mort. (...)
(...) Le plus souvent, les blessures les plus intimes, le sentiment d'abandon, la douleur sont ressentis comme des larmes retenues. Les bouddhistes parlent d'une mer de larmes humaines plus vaste que les quatre grands océans.

Lorsqu'on prend la place qui est la nôtre et que l'on cultive l'attention méditative, le cœur s'offre tout naturellement à la guérison. Le chagrin des souffrances et des espoirs anéantis, retenu en nous si longtemps, s'exprime alors.
Nous pleurons sur nos traumatismes passés et sur nos peurs présentes, sur toutes les émotions que nous n'avons jamais osé ressentir consciemment.(...)
La souffrance liée à la petite enfance et à la famille, blessures liées au père ou à la mère, la solitude, tout mauvais traitement physique ou sexuel, tout cela est emmagasiné dans notre cœur. (...)
(...) Refus de la réalité, colère, sentiment de perte ou de chagrin, ce travail sur la douleur engendre un profond renouveau.(...)

Extrait du site : http://bica-vipassana.blogspot.com





mercredi 3 juin 2009

Denis Marquet - La peur, ouverture à la grâce de la vie

Denis Marquet est philosophe et écrivain.


On entend souvent dire qu’il faudrait vaincre sa peur. Il est vrai que celle-ci, outre qu’elle est une souffrance, nous empêche d’agir, d’aller au devant des rencontres, de vivre la vie dans sa plénitude. Quel rêve, ne plus avoir peur !

Mais regardons de plus près. Avant d’aborder l’inconnue qu’il désire, l’amoureux est terrifié. Quel est le moyen, pour lui, de ne plus avoir peur ? Celui du grand timide : tourner les talons et fuir ! Loin de la femme qu’il aime, le voilà pleinement rassuré. La peur a disparu avec l’objet de son désir. Jacques Brel, cet immense artiste qui vomissait son trac avant chaque entrée en scène, aurait pu éviter cette pénible expérience : il lui suffisait d’annuler son concert. Mais il aurait alors sacrifié son désir. Ces deux exemples nous signalent un intéressant paradoxe : ce n’est pas la peur qui inhibe - c’est le refus de vivre la peur. Dès lors que je mets tout en œuvre dans ma vie pour ne pas traverser l’expérience de la peur, je renonce également à tous mes vrais désirs. Car c’est le désir qui met en danger ! Désirer, c’est toujours aller vers ce qu’on ne sait pas. Au contraire de la pulsion qui, Freud l’a montré, est régressive et vise le rétablissement.d’un état antérieur, le désir, lui, va de l’avant. Son seul objet est l’inconnu...

... Qu’est-ce que la peur ? Le désir, plus la connaissance. Il y a donc deux manières d’éviter la peur. La première : nier la connaissance. C’est l’attitude de l’inconscient, celui qui met lui-même et les autres en danger parce qu’il rejette hors de sa conscience les réalités du monde, donnant l’apparence d’un courage qui n’est que folle témérité.
La seconde : nier le désir. C’est la recherche effrénée de la sécurité, incitant à tout prévoir, tout planifier, ne vivre que routines et répétitions.
Quête illusoire : tant qu’on n’est pas mort, on n’est jamais complètement en sécurité ! Le meurtre du désir est négation de la vie.

Si l’on veut vivre à la fois la connaissance et le désir, alors ne reste qu’une voie, celle du vrai courage : accepter la peur. Si je me risque dans l’inconnu en toute conscience, je ne peux échapper à celle-ci. Toute vraie rencontre est redoutable : car elle me confronte à une altérité radicale, celle de ce mystère qu’est autrui, que je ne peux posséder, qui m’échappe, et m’incite à me vivre moi-même d’une manière absolument neuve. Bien des êtres croient aimer quand ils ne font qu’entretenir un pacte mutuel de réassurance, en demeurant le même tout en attendant de l’autre qu’il ne change pas, chacun niant en lui-même toute dimension d’altérité, de mystère, de nouveauté. Il n’y a pas d’amour sans insécurité. De même, créer est effrayant, car il s’agit, abandonnant tout savoir sur soi et toute identité, de laisser surgir de soi l’inconnu. Aimer, créer : tout ce qui donne sens à la vie implique de traverser la peur.

La peur est notre amie. Elle nous délivre un précieux message : celui de notre insuffisance. Dans l’amour comme dans la création, je me trouve dans une dimension où ce que je sais, ce que je peux par mes seules forces ne suffisent pas. Ne fuyons pas la peur : c’est elle qui nous ouvre à la grâce !

Denis Marquet - Article de la revue Nouvelles Clefs



jeudi 28 mai 2009

Daniel Odier - L'abandon au souffle profond...


www.danielodier.com



La sexualité du tantrika, c’est le rapport de toute la sensorialité avec le monde. C’est le frémissement qui naît lorsque le désir se satisfait de sa propre incandescence en ayant abandonné toute idée d’atteindre un être ou un objet. Il y a alors complétude. Un être qui a besoin de l’autre pour masquer son incomplétude, ou pour la nourrir, ne connaît que des «rapports sexuels», une tentative illusoire d’achèvement qui tient du cannibalisme mutuel et porte en lui de la violence, du désespoir et une certaine forme de désillusion.

Pour celui qui est sur la voie tantrique, l’union sexuelle peut être une manière de jeu merveilleux qui commence à être vécu, par instants de grâce, comme une expérience directe, sans que la pensée différenciatrice s’impose. C’est un jeu passionné sur un terrain accidenté où l’aspirant touche aux limites de son abandon, au surgissement de la pensée, au blocage de la spontanéité, au manque de confiance qu’il peut avoir quant à la sagesse de son propre corps.

Lorsque cela peut être vécu de cette manière, c’est une ascèse, car on s’aperçoit très vite de nos limitations, de nos projections, de notre solitude que nous cherchons à masquer au lieu de la vivre. Aller au fond de sa solitude, c’est voir qu’elle est une construction mentale et la faire éclore dans l’expérience non-duelle.

Ces jeux nous aident à frôler l’essence des choses et, lorsque la paix profonde de la yogini accomplie touche la paix profonde du yogin, se révèle la puissance de la Shakti qu’on appelle Kundalini. À cet instant, il n’y a pas de dualité, pas de début, pas de fin, pas de «rapport», mais un frémissement qui, comme l’amour, ne saurait naître, atteindre son acmé puis disparaître.
Lorsqu’il y a sexualité, il n’y a plus d’espace-temps. Il ne s’agit pas de transcender le désir mais, au contraire, de le porter à une telle incandescence qu’il inclut «l’autre» dans son propre frémissement.

La sexualité est, dans l’égalité avec toute autre manifestation de la sensorialité, un lieu de Conscience. La sexualité, dans le sens où nous l’entendons habituellement, est intégrée au tout. Pratiquement, il y a un abandon au souffle profond. Alors, l’orgasme n’a plus besoin de la détente de l’éjaculation, car le tantrika a intégré l’énergie féminine. L’idéal tantrique est celui de l’intégration de la dualité homme-femme dans la plénitude.
Il est capital de bien comprendre qu’on ne dévoile pas la Conscience à coups d’exercices énergétiques, d’agitation, de gesticulations, de danses pseudo-chamaniques et autres friandises du «faire», mais par la lente et douce émergence de l’amour sans objet, qui attend paisiblement que nous cessions de poursuivre l’inatteignable.

Le tantrikâ considère qu’entrer dans la voie, c’est accepter son corps, sa sensorialité, ses émotions et ses pensées comme le lieu même de l’éveil. Mais il considère également que ce noyau de conscience incandescent est sous-jacent à toute manifestation de l’univers. Tout n’est que conscience, pour lui. Sa pratique est donc de laisser affleurer la conscience dans tous les mouvements de la vie, afin que la conscience intérieure et la conscience extérieure s’unifient dans leur réalité commune, et que cesse la perception fallacieuse de la dualité.

Cette non-séparation du tantrikâ et de l’univers me paraît merveilleusement adaptée à tous ceux qui sont insatisfaits par les dogmes, les croyances et l’assujettissement à une autorité religieuse. Pourtant, c’est une voie difficile, car elle passe par l’abandon de tous les points d’ancrage et nous, les Occidentaux, en avons beaucoup. Ce n’est surtout pas une voie de facilité, et nous aimons la facilité ; nous aimons tout ce qui nous détourne de notre solitude. C’est une voie théoriquement simple mais pratiquement ardue, parce que non fantasmatique, sans aucune échappatoire, sans possibilité de fuite dans le merveilleux, le rituel, la magie, les vies antérieures, les autres mondes, la métaphysique.

Le tantrika peut passer de l’absence à la présence progressive, donc à la sensibilité toujours plus profonde de ce qui est là, spatial, étincelant, entrecoupé de moments d’absence qui sont considérés comme des préludes au rejaillissement de la Conscience. La culpabilité graduellement s’éteint et la spontanéité s’accroît. Lorsqu’il y a ouverture, nous pouvons accepter notre trouble ou notre absence.

L’émerveillement devant la réalité croît de jour en jour, les contacts sensoriels sont de plus en plus fins, si bien que tout fait entrer en frémissement. Les émotions ne sont plus antagonistes à la voie mais, libérées, elles deviennent au contraire son véhicule. La libre circulation des choses est de moins en moins bloquée par le mental, et la joie jaillit spontanément. L’action est plus immédiate, plus limpide. Il y a plus de lenteur, de grâce, de non-réactivité. La conscience des blocages est rapide, et l’auto-libération des phénomènes plus habituelle.

Dans la relation amoureuse, ou dans la relation à «l’autre», cet «autre» disparaît en nous comme nous disparaissons en lui, dans le même mouvement. Il n’y a donc plus de projections. Reste l’amour, non de quelque chose ou de quelqu’un, mais l’amour tout court. Disons, plus simplement, qu’il y a une reconnaissance presque constante d’être en vie.

L’initiation du tantrika est celle du frémissement de tous les sens, qui retournent ainsi à leur demeure qu’est la Conscience. Pour le tantrika, il n’y a pas de différence entre un rapport sexuel génital et le rapport sensoriel que nous entretenons avec la réalité qui l’entoure. Pour lui, l’activité ne mène pas à la Conscience : elle en procède, et y retourne, après s’être unie à l’objet. Rien ne vient de l’extérieur. La Conscience coule telle une source vers le monde, le touche profondément, en son noyau incandescent et frémissant, et revient à la Conscience dans une circulation continue.
En aucun cas ce n’est un rituel initiatique dans le sens d’un acte magique qui permettrait de goûter à un état de plénitude qui nous ferait défaut. Pour prétendre à l’initiation, il faut avoir réalisé que le désir ne saurait se satisfaire d’un objet, et que l’incandescence est ce qui demeure quand le désir de quelque chose est consumé.


Daniel Odier - Article de Nouvelles Clefs


lundi 25 mai 2009

Pontalis - En toute confiance, la traversée se fait ...

J. B. Pontalis est philosophe, psychanalyste et écrivain.


... Mais que l'analyse (cure psychanalytique) commence et très vite, plus d'histoire lisible, plus de destin déchiffrable. Plus de clé des songes ni de quoi que ce soit. Plus de savoir qui tienne, plus de théorie qui vaille.

Que nous reste-t-il alors ? Une certaine confiance. Confiance en quoi ? en ceci : la traversée, si longue, si éprouvante, si périlleuse qu'elle puisse être, se fera. Traversée des apparences, passage des frontières, traversée du temps, traversée des lieux, des images, des événements du jour et de ces événements de la nuit que sont les rêves, déplacement des souvenirs et des figures imaginaires (en existe-t-il d'autres?), traversée surtout des transferts (deux mots qu'on pourrait tenir pour synonymes).

Traversée pour aller vers quoi, aucune destination n'étant fixée, aucune «représentation-but» assignée et l'incertain trajet se décidant au fur et à mesure ? Si l'inconnu était moins derrière nous - l'insaisissable origine - que devant ? ce que nous ne connaissons pas encore, pour ne pas l'avoir éprouvé, pour ne pas l'avoir trouvé. Si ce que nous attendions secrètement d'une analyse, ce n'était pas qu'elle puisse nous faire naître - fantasme d'auto-engendrement - ou renaître - illusion d’un new beginning - mais qu'elle nous rende capables de nous inventer?

Ne parlons pas de voyage ou d'aventure, trop romanesques... Non, nous pressentons seulement, analyste et patient, qu'une traversée commence, la nôtre, sans trop savoir ce que l'embarcation transporte dans sa cale - trésors et explosifs -, sans disposer d'une table à cartes pour nous assurer que la route suivie est la meilleure, sans garantie que nous arriverons à bon port. Peut-on parler de «direction de la cure» quand on ne sait pas ce qui la dirige?


Jean Bertrand Pontalis - Ce temps qui passe - Editions Folio



mercredi 20 mai 2009

Robert Misrahi - La joie d'amour

Robert Misrahi est philosophe, grand spécialiste de Spinoza. Il a publié de nombreux ouvrages et consacré l'essentiel de son travail à la question du bonheur. Il soutient que le bonheur est "la joie en acte" et qu'il n'y a pas de bonheur sans expérience poétique, ce sentiment poétique des choses.


D'où provient le caractère somptueux de cette joie d'être et d'exister que seul peut conférer l'amour ? C'est que la joie, ici, est induite par une reconnaissance réciproque impliquant des dimensions aussi riches que neuves.
Dans cet amour, la reconnaissance n'est l'affirmation d'aucune suprématie, ni l'allégeance de personne à quiconque. Cette reconnaissance différente comporte deux significations, ou deux noyaux de sens qui concourent à la création de la joie en chacune des consciences concernées.
Dans cette forme intense et réfléchie de l'amour, chacun reconnaît d'abord en l'autre un être semblable à lui-même : l'autre est affirmé semblable à moi dans la mesure où il est comme moi un sujet et dans la mesure où il se situe dans l'existence selon les mêmes perspectives et les mêmes choix fondamentaux que moi-même. J'aime l'autre parce qu'il est un sujet existant semblable à moi-même. Non pas que j'aime en lui mon image, comme dans la passion narcissique, mais j'aime en lui le sujet qu'il est par lui-même en se construisant, comme moi, dans l'existence.

La reconnaissance réciproque opère la même affirmation dans les deux sens, et il se crée ainsi un accord et une communauté active entre les deux consciences. La joie substantielle, ici, provient de la consistance et de la justification que l'autre me confère en m'affirmant comme valeur, et cette joie se redouble par le fait que cet autre qui me pose est le même que moi-même : il est une conscience, comme moi-même, et il opère des choix comparables à mes choix. Mais la richesse de l'amour heureux et réciproque est telle que la reconnaissance d'une similitude des existences s'accompagne sans contradiction de l'affirmation et de la reconnaissance de l'autre comme autre : il est affirmé par moi comme sujet autonome et indépendant. L’être aimé est ainsi reconnu, désiré et admiré dans sa spécificité, dans sa singularité individuelle. Il est, en outre, posé comme être libre qui opère librement, et à sa façon, les mêmes choix que moi-même, confirmant mes choix par les siens et accroissant ma liberté et ma joie par sa joie et par sa liberté. La reconnaissance de la similitude et de l'autonomie de chacun s'accompagne donc d'une seconde forme de la reconnaissance : chacun, dans l'amour généreux et réfléchi affirme la spécificité de l'autre et s'en réjouit.

L'amour est aussi cette admiration généreuse de la personnalité de l'autre qui nous réjouit par sa spécificité même. Sa «différence» est aussi l'objet de notre amour, non pas seulement parce qu'elle est précieuse en elle-même (par ses choix, son style, sa manière d'être), mais aussi parce que cette altérité différente de notre être se tourne néanmoins vers lui pour le reconnaître et l'affirmer.
Chacun devient ainsi plus explicitement l'objet d'une affirmation aimante et valorisante, à la fois dans sa similitude et dans sa différence spécifique. Chacun affirme l'autre dans son identité autre et dans sa similitude existentielle. De là provient cette densité personnelle, cette exaltation vécue comme plénitude et comme signification achevée, ce sentiment dynamique et intense que nous appelons la joie substantielle, et qui est ici la joie d'amour.

De cette joie substantielle le corps n'est pas exclu : ni dans la béatitude, ni dans l'amour existentiel et réfléchi que nous décrivons, on ne saurait concevoir une joie qui ne serait pas l'affirmation simultanée du corps et de l'esprit par la conscience. Mais, dans l'amour, cette conscience de soi est souvent conscience poétique. Sans pouvoir analyser ici les différences et les similitudes entre le langage poétique de l'amour et celui de la mystique, remarquons simplement que le langage amoureux, ou plus exactement la parole amoureuse, est la transmutation poétique du corps des amants et leur insertion dans la totalité cosmique de la nature. Cette poésie, exaltation des corps et des personnes, est la forme extrême de l'expression, et la parole adopte volontiers cette forme d'expression amoureuse parce qu'elle se propose de dire et de transmettre la forme extrême de la joie.


Robert Misrahi - Le bonheur. Essai sur la joie - Editions Hatier



mercredi 13 mai 2009





Le sourire du Bouddha, c'est l'expérience du maintenant.
La fin de la quête pour quelque chose d'autre que ce qui est à l'instant présent.
Dans notre façon courante de penser,
nous pourrions dire « le contentement avec rien ».



Gérard Mantel - La vérité commune du patient et du thérapeute


jmmantel.net


L'idée même d'être un thérapeute crée une séparation entre le thérapeute et son patient. Cette séparation est de la même nature que la maladie qui est sensée être traitée.
Les besoins du thérapeute, qu'ils soient matériels, affectifs, psychologiques ou spirituels, interfèrent avec la manière dont il soigne. Le maintien d'une dépendance entre le thérapeute et son patient en est le résultat.

Le désir de transformer la personnalité est l'expression d'une non-acceptation. Cette non-acceptation est le reflet d'une souffrance. Accepter la personnalité telle qu'elle est n'est pas l'encourager. Accepter la personnalité, c'est s'en détacher. Le détachement est la compréhension que "je" est la conscience qui perçoit la personnalité. La personnalité étant de toutes façons conditionnée, quel intérêt y a-t-il à vouloir la transformer ?

Le violent est violent car il est identifié et attaché à son corps et à sa personnalité. Son système de croyances est son monde. Lâcher cette identité est une forme de mort. Tant que la maturité n'est pas suffisante pour accueillir cette mort comme une délivrance, tous les efforts pour changer la personnalité restent vains.

Le jaloux est jaloux, car il fuit le sentiment de solitude qui le tenaille. En acceptant la solitude comme partie prenante de lui-même, une détente s'installe, et la compréhension s'éclaire.

Le déprimé est prisonnier de ses attentes. Lorsqu'une attente est déçue, il y a dépression. Le désir de guérir la dépression est encore une attente. Voir cela est ne plus fuir. Sans fuite, les choses sont accueillies telles qu'elles sont. Elles perdent alors leur caractère problématique.

Le délirant est convaincu de la véracité de ce qu'il pense. Nous le sommes aussi, tant que nous sommes identifiés au concept "je". Cette identification est la racine du délire qui nous fait prendre pour réel ce qui ne l'est pas. Peut-on soigner le délirant si nous sommes nous-mêmes prisonniers des illusions créées par notre esprit ?

La peur est le fruit de l'anticipation. Sans futur, que reste-t-il à projeter. La lumière n'a pas besoin de projection pour être ce qu'elle est. Être est sans image.

L'obsession reflète une saisie. Le moi se fixe sur un objet, et refuse de lâcher sa proie. Une proie n'est abandonnée que pour une autre proie encore plus séduisante. De proie en proie, c'est la conscience ultime vers lequel le regard finit par se tourner. C'est en elle que la quête s'éteint.

Une seule et même vérité habitent le thérapeute et son patient. C'est cette vérité qui se cherche, et c'est en elle que tous deux se trouvent et se retrouvent.


Retranscription d'un extrait de conférence de Gérard Mantel : "Libération de la souffrance, voie de la non-dualité"



dimanche 3 mai 2009



"Here are fruits, flowers, leaves, and branches, And here is my heart which beats only for you." Paul Verlaine" par **Ally**



Yvan Amar - L’évidence de l’être



Cela s’est passé en trois jours, pendant lesquels j’ai senti progressivement quelque chose que je n’avais jamais senti depuis ma naissance.
J’ai senti la vie. Je suis allé vers ce qui était là et j’ai senti que la vie entrait en moi. Ce sont des expressions toutes simples qui viennent à ce moment-là, mais elles sont absolues. J’ai senti que cette vie m’aimait, comme j’étais, tel que j’étais. C’était comme si elle m’attendait.

J’ai alors compris pourquoi les grands mystiques parlent de la Mère divine : parce que ce sentiment d’amour de la vie envers nous, on l’éprouve dans l’amour absolue d’une mère ; on est dans les bras de la Mère divine. Aucune vision, aucune hallucination, c’était quelque chose de très simple, de concret et d’immédiat, qui me prenait à l’intérieur et que je reconnaissais.
Je sentais que cette vie m’aimait. Au fur et à mesure que c’était ressenti, éprouvé, montait en moi une confiance impérieuse. Autant je me sentais auparavant en conflit, séparé, avec une peur constante, autant j’éprouvais alors une confiance absolue dans ce qui était, dans la vie. Ce qui m’est apparu immédiatement, c’est que cette confiance était ma nature : à la fois cette confiance et son objet.

Cela n’a fait que grandir pendant ces trois jours, jusqu’au moment où s’imposa une confiance absolue dans tout ce qui était sans que ce soit un objet. Alors, tout a disparu : la Mère divine, Yvan Amar… Il n’y avait que Cela : une réalité absolue où n’existait plus ni division ni conflits, où seule existait l’évidence de l’être.



Yvan Amar - L’Effort et la Grâce - Éditions Albin Michel


vendredi 1 mai 2009

L’amour inconditionnel nous regarde
et regarde les murs
le ciel, les arbres,
et tout le reste de la même façon.

L’amour inconditionnel nous aime.
Et il aime tout le monde de la même façon.

Ce n’est pas quelque chose que nous faisons.
C’est ce qui est déjà.

Et nous ne pouvons pas le vivre
Il vit au travers de nous.

Richard Moss